Le courage de le dire frontalement

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Face au génocide perpétré à Gaza en direct, sans fard, sans masque, sans morale, par le gouvernement fasciste, nazi, extrémiste, de Netanyahu, la compromission mondiale a atteint un niveau de lâcheté tel que le fait de montrer et de dire, frontalement, de vive voix, au conseiller pour le Moyen-Orient de Donald Trump et son émissaire dans le Monde arabe toute l’ignominie de l’entité sioniste, et derrière elle ses soutiens inconditionnels, à leur tête les Etats-Unis d’Amérique, devient un acte courageux, héroïque, de dimension régionale (arabe) et même internationale. Cet acte courageux, —audacieux pour certains, naïf pour d’autres—, revient au président tunisien, connu pour son franc-parler, ultranationaliste, pro-palestinien convaincu et engagé. L’état d’inertie dans lequel se trouvent la communauté internationale, en particulier les pays soi-disant démocratiques, les gendarmes du monde en matière de respect des droits de l’homme et du droit international, interroge quand ces derniers, au nom d’un engagement historique de faire oublier les souffrances subies par les juifs par les nazis, font de la lutte contre l’antisémitisme une doctrine, une culture, une politique intérieure et extérieure, un devoir de repentance. Paradoxalement, ce sont ces mêmes «repentis» du nazisme hitlérien qui se rendent aujourd’hui complices du même sort, un nazisme sioniste, infligé aux Palestiniens par leurs victimes d’antan. Si bien qu’un petit pays comme la Tunisie qui ose faire, implicitement, des remontrances et afficher clairement sa désapprobation à la face de la première puissance mondiale, la plus redoutée de tous, peut étonner, d’autant que le sujet est au centre d’un bras de fer mondial autour d’un génocide pour la colonisation des terres palestiniennes, soutenu inconditionnellement par les Etats-Unis et ses alliés occidentaux, et au cœur d’une lutte mondiale entre ceux qui nient le génocide ou le légitiment et ceux qui le dénoncent et le condamnent.
En tout état de cause, il n’y a pas lieu de faire profil bas ou d’en avoir honte. Bien au contraire. Ce qui se passe à Gaza, la mort lente et silencieuse de tout un peuple avec l’arme la plus ignoble, la faim, après les bombes, les assassinats, les destructions des maisons, des hôpitaux, des centres d’abri pour les réfugiés… est un affront à l’humanité tout entière. Le silence des plus puissants qui alimentent régulièrement, certains en cachette, l’entité sioniste en armements et en toutes sortes de marchandises et de biens, est aussi un affront contre leur propre camp parce qu’il trahit leur impuissance de réaliser leurs objectifs et leurs visées colonisatrices sans s’enliser dans un génocide honteux, inhumain, perpétré contre un peuple désarmé, colonisé depuis plus d’un demi-siècle, sous embargo depuis  près de 20 ans, sous blocus total depuis près de deux ans, opprimé, massacré et aujourd’hui affamé, assoiffé et poussé vers l’exil forcé. L’hypocrisie des plus puissants est sans pareille car ils continuent de soutenir le projet sioniste d’expropriation des terres palestiniennes, les colonies poussant encore comme des champignons en Cisjordanie occupée, surtout depuis le retour de Donald Trump aux affaires aux Etats-Unis, tout en brandissant l’épouvantail de la «solution à deux Etats», quand bon leur semble.  Ce 23 juillet, la Knesset (parlement israélien) a, d’ailleurs, adopté à la majorité une motion prônant l’application de la souveraineté israélienne sur la Cisjordanie occupée.
Il serait bien pensant de saluer la reconnaissance officielle de la France d’un Etat palestinien, qui devrait être solennellement annoncée en septembre prochain à l’Assemblée générale des Nations unies, après celle de l’Espagne, de la Belgique, de la Norvège et de plus de 140 autres pays membres des NU. En Grande-Bretagne, des pressions internes poussent le Premier ministre, Keir Starmer, à franchir le pas.  Mais pour quel résultat ? Sur le terrain, Israël, à travers son armée et les colons surarmés, grignote chaque jour un peu plus le territoire palestinien avec une force de frappe inouïe au point que la Cisjordanie occupée ne ressemble plus qu’à un morceau de gruyère. On parle de 900 mille colons et des milliers d’implantations israéliennes anciennes et d’autres en cours de construction ou programmées.
L’espoir d’un Etat palestinien est-il encore permis ? Oui, sans doute, si la communauté internationale passe à l’action pour exprimer réellement son indignation contre la déshumanisation des Palestiniens de Gaza et l’expropriation de leurs territoires. Ceci signifie des sanctions économiques, diplomatiques et politiques contre Israël. Dans le chapitre des sanctions, tous les pays peuvent agir, ils en ont les moyens, et une action mondiale coordonnée et concertée est en mesure de stopper l’extermination des Gazaouis, d’imposer un cessez-le-feu durable et une solution durable à deux Etats. Les Etats-Unis d’Amérique sont certes la première puissance mondiale, ils sont arrogants, non regardants, mais ont une image et un leadership à préserver. Les Américains ont déjà eu à renoncer à leur droit de veto en 1985 contre la Tunisie lors d’un vote au Conseil de sécurité des Nations unies qui condamnait l’attaque d’Israël contre le quartier général de l’OLP à Hammam Chatt, banlieue sud de Tunis, une attaque qui a soulevé une vague d’indignation dans le monde. Bourguiba n’avait pas eu froid aux yeux en demandant aux Etats-Unis de reconsidérer leur «position négative» et en leur faisant savoir à travers son ministre des Affaires étrangères, Béji Caïd Essebsi, que «toute prétendue justification de (l’attaque), toute complaisance à l’égard de ses auteurs, sous quelque prétexte que ce soit, ne seront que l’expression d’un encouragement à l’agression et un satisfecit délivré à l’agresseur… ce qui sera considéré comme un «geste inamical» dont la Tunisie «saura tirer les conclusions». C’est dire que lorsque le monde se lève comme un seul homme contre la barbarie, même les Etats-Unis peuvent déposer les armes.
Aujourd’hui, le contexte est favorable à ce soulèvement mondial et solidaire avec les Palestiniens. Vingt-cinq pays européens ont déjà appelé le gouvernement Netanyahu à cesser le massacre des Palestiniens en utilisant l’arme de la faim. Des voix de plus en plus nombreuses et influentes dans les domaines politique, artistique et culturel, s’élèvent pour dénoncer les pratiques inhumaines, génocidaires, de l’entité sioniste, dont «la faim de masse». Une quasi-unanimité dans le monde condamne désormais le piétinement du droit humanitaire international et du droit international par Netanyahu et son gouvernement d’extrémistes. Sans oublier le verdict de la CPI et les mandats d’arrêt internationaux lancés contre le premier ministre israélien Netanyahu et d’autres responsables israéliens.
Les images d’enfants mourant de faim à Gaza montrés à l’envoyé spécial de Trump, qui n’est pas sans ignorer le niveau d’ignominie atteint par le génocide à Gaza, ne visaient pas à le gêner mais à lui faire savoir qu’il y a des consciences vivantes dans ce monde (sous la botte des Etats-Unis) qui ont le courage de dire aux Américains la vérité que d’autres taisent par lâcheté, par hypocrisie, par complicité ou par compromission.

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