Le déficit commercial se creuse

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Le déficit de la balance commerciale de la Tunisie a continué de se creuser, atteignant 14,6 milliards de dinars à la fin du mois d’août 2025. Cette aggravation, principalement alimentée par une forte augmentation des importations, soulève des préoccupations quant aux perspectives économiques du pays. Cette situation intervient alors que des statistiques macroéconomiques récentes laissaient entrevoir une légère reprise de la croissance économique, créant un contraste inquiétant entre la performance interne et les déséquilibres externes.

Par Mohamed Ben Naceur

Les dernières données de l’Institut national de la statistique (INS) révèlent que les importations tunisiennes ont bondi de 4,8% depuis le début de l’année, tandis que les exportations n’ont que très peu évolué, enregistrant une baisse de 0,3%. Ce déséquilibre a fait chuter le taux de couverture des importations par les exportations à 73,9%, contre 77,7% à la même période l’an dernier.

Principaux facteurs de déséquilibre
Cette situation s’explique par plusieurs facteurs, les plus significatifs étant :

  • La facture énergétique :le secteur de l’énergie reste le principal responsable de l’écart, avec un déficit de plus de 7 milliards de dinars. La dépendance du pays aux importations d’hydrocarbures, malgré une légère baisse de leur volume, continue de peser lourdement sur la balance commerciale. Ce déficit énergétique est d’autant plus paradoxal que la Tunisie possède un potentiel solaire considérable, qui reste largement sous-exploité et pourrait pourtant réduire la facture énergétique.
  • La hausse des importations : les importations ont été particulièrement dynamiques dans les domaines des biens d’équipement, des matières premières et des biens de consommation, avec une forte hausse des achats en provenance de pays comme la Chine et la Turquie.
  • Les performances mitigées des exportations: bien que certains secteurs comme les mines, les phosphates et les industries mécaniques aient affiché une croissance, des piliers de l’exportation tunisienne, tels que le secteur agroalimentaire, ont enregistré une baisse notable. La chute des ventes d’huile d’olive, en particulier, a eu un impact significatif sur les résultats globaux. De plus, la sous-performance des exportations est largement due à la faible demande de nos principaux partenaires commerciaux en Europe. Le ralentissement de la croissance économique dans la zone euro a directement affecté les commandes d’industries tunisiennes clés comme le textile, les industries mécaniques et électriques. Cette dépendance au marché européen expose la vulnérabilité de l’économie tunisienne aux chocs externes et souligne la nécessité de diversifier les marchés d’exportation.

Conséquences sur la balance des paiements et la valeur du dinar
L’aggravation du déficit commercial exerce une pression considérable sur la balance des paiements du pays. Ce déséquilibre, où les sorties de devises excèdent largement les entrées, doit être financé. En conséquence, les avoirs nets en devises de la Banque centrale de Tunisie subissent une forte pression, obligeant le pays à puiser dans ses réserves pour couvrir ses paiements extérieurs. La résilience de ces réserves, qui s’élèvent à 110 jours d’importations, offre une marge de manœuvre rassurante à court terme, mais ne saurait masquer la problématique de fond.
À moyen terme, le creusement de ce déficit risque de se traduire par une dépréciation progressive de la valeur du dinar tunisien. Une demande croissante de devises étrangères pour financer les importations, combinée à une offre insuffisante issue des exportations, affaiblit mécaniquement la monnaie nationale. Une telle dépréciation a pour effet de renchérir le coût des importations, ce qui, à son tour, alimente une inflation importée et pèse davantage sur le pouvoir d›achat des ménages. Ce cercle vicieux met en évidence l›urgence de rééquilibrer les comptes extérieurs du pays.
En somme, l’augmentation du déficit commercial de la Tunisie est un indicateur de la vulnérabilité de son économie, fortement dépendante des importations. Le creusement du déficit témoigne également de la faiblesse de l’appareil de production et du manque d’une politique commerciale agressive, sans oublier les goulots d’étranglement logistiques et le manque d’efficacité de l’infrastructure portuaire. Il est important de mettre en œuvre des mesures pour renforcer la compétitivité des exportations et réduire la dépendance énergétique afin d’inverser cette tendance défavorable et de préserver la stabilité macroéconomique. Parallèlement, il est suggéré de tirer avantage des opportunités qu’offrent les pays voisins (Libye et Algérie), surtout que les frontières sont terrestres.

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