Le Gouverneur de la BCT : « Notre pays n’est pas en déficit de talents, mais d’investissement »

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Lors de son intervention à la clôture de la 39ᵉ édition des Journées de l’Entreprise organisées organisée par l’IACE, du 11 au 13 décembre à Sousse, le Gouverneur de la Banque Centrale, Fethi Zouhair Nouri, a souligné que la Tunisie ne souffre ni d’un manque de talents ni d’un déficit d’idées ou de projets, mais d’un niveau d’investissement insuffisant et d’une orientation du financement encore trop tournée vers les besoins de trésorerie au détriment des projets productifs. « Notre pays ne manque ni de talents, ni d’idées, ni de projets ; ce qui manque, c’est un volume suffisant d’investissement et un financement mieux orienté vers l’économie réelle », a-t-il affirmé. Reconnaissant le poids des contraintes et de l’incertitude, il a toutefois insisté sur une conviction centrale : « Nous ne redresserons pas la trajectoire du pays sans transformer, en profondeur, notre rapport à l’investissement productif. »
Le Gouverneur a rappelé que le taux d’investissement national reste limité à environ 16 % du PIB, avec une contribution encore insuffisante du secteur privé. Selon lui, cette situation appelle une action concertée, non pas pour encourager des prises de risques inconsidérées, mais pour promouvoir des « risques intelligents, mieux partagés, mieux accompagnés ». Il a souligné que « investir plus et financer plus n’est pas un slogan », mais une condition essentielle à la préservation du tissu productif et à la création d’emplois.
Evoquant les faiblesses structurelles du financement, il a relevé que les crédits restent majoritairement orientés vers le court terme, au détriment de l’investissement à moyen et long terme, entretenant l’idée que « tout est difficile » pour celui qui veut investir. Un cercle qu’il a appelé à briser, estimant que « on ne sortira pas durablement de nos contraintes par la consommation, ni par la dette, mais par l’investissement productif ».

Non à l’immobilisme
Dans un contexte mondial marqué par des ruptures technologiques, énergétiques et géopolitiques, le Gouverneur a averti que l’immobilisme constitue aujourd’hui le risque majeur. « Dans ce monde-là, ne pas investir, c’est reculer », a-t-il déclaré, ajoutant que « le vrai risque aujourd’hui pour l’entreprise n’est plus de prendre des risques maîtrisés, mais de rester immobile ».
S’adressant aux chefs d’entreprise, il les a invités à présenter des projets bancables, transparents et ambitieux, appelant à une nouvelle culture de l’investissement. Celle-ci suppose, selon lui, de dépasser la recherche de gains rapides pour « construire, étape par étape, un patrimoine productif pour l’entreprise, pour la famille et pour le pays ». Il a également encouragé les entrepreneurs à mieux structurer leurs financements et à recourir davantage à l’ensemble de l’écosystème financier, rappelant que « la vraie question n’est plus seulement : “Quelle banque va me financer ?”, mais : “Comment architecturer mon financement ?” ».
Interpellant les banques, Fethi Zouhair Nouri a reconnu leurs contraintes prudentielles, tout en les appelant à dépasser le dialogue de blocage avec les entreprises. Il a insisté sur le fait qu’« une économie ne se développe pas sans banques qui financent courageusement l’investissement », tout en réaffirmant la disponibilité de la Banque centrale à accompagner une reprise saine du crédit, dans un cadre rigoureux garantissant la stabilité monétaire et financière.

La stabilité, première mission de la BCT
Concernant l’action de la Banque centrale, il a rappelé que la stabilité demeure la mission première, soulignant que les avancées réalisées en matière d’inflation, de stabilité du dinar et de notation souveraine « ne sont pas des trophées, mais des leviers ». Il a estimé qu’il serait paradoxal qu’au moment où la stabilité se renforce, l’économie réelle ne saisisse pas cette fenêtre d’opportunité pour accélérer ses projets.
Le Gouverneur a également mis en avant les efforts de modernisation de la Banque centrale, notamment à travers le lancement de la plateforme numérique « EXOP » dédiée aux opérations de change et la préparation de la plateforme « TRADIS » pour le commerce extérieur, ainsi que les mesures en faveur des étudiants et des exportateurs.
Abordant les tensions de trésorerie de l’État, il a expliqué que l’intervention de la Banque centrale s’inscrit dans un cadre légal et temporaire, rappelant que la soutenabilité budgétaire repose sur des réponses structurelles. Il a insisté sur le rôle de l’institution comme fournisseur de liquidité au système bancaire afin de préserver la continuité du crédit, notamment en faveur des PME et des secteurs à fort potentiel.
Nouri a par ailleur appelé à « une nouvelle alliance » entre entreprises, banques et Banque centrale, fondée sur une prudence dynamique. « Prudence, oui. Immobilisme, non », a-t-il résumé. Il a exhorté les chefs d’entreprise à ne pas renoncer à leurs projets, les banques à financer davantage l’investissement productif et l’ensemble des acteurs à passer de l’intention à l’action, soulignant que la Tunisie « n’est pas en déficit de talents, mais en attente d’un mouvement collectif ».

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