Le plan de paix pour Gaza 2025 de Donald Trump, un cadre en 20 points, vise à mettre fin au conflit en démilitarisant Gaza, en désarmant le Hamas, en lançant une aide humanitaire et en établissant une structure de gouvernance technocratique. Cette dernière serait supervisée par Trump lui-même et son représentant (ou celui de l’ex-mandat britannique sur la Palestine): Tony Blair. Bien qu’il revendique le succès des accords de cessez-le-feu initiaux et de la libération des otages, ce plan néglige la cause fondamentale et non résolue du conflit. Il s’agit de l’occupation israélienne continue des territoires palestiniens, y compris Gaza et la Cisjordanie, et de l’absence de souveraineté palestinienne.
Le plan met l’accent sur la transformation de Gaza en une « zone dé-radicalisée et exempte de terrorisme » (entendez: résistance contre l’occupation) qui ne menace plus Israël ni ses voisins. Il prévoit le désarmement ou la destitution du Hamas et la mise en place d’une force “internationale” de stabilisation chargée de superviser la sécurité et la police. Afin d’encourager le respect de ces mesures, il promet une aide humanitaire, la libération de prisonniers et, à terme, un réaménagement semblable à celui des “villes prospères” du Moyen-Orient (on croit rêver!) Cependant, il ne propose pas de solution claire à l’occupation israélienne, à l’expansion des colonies en Cisjordanie ou au statut politique des Palestiniens à Gaza et à Jérusalem-Est, questions centrales pour l’identité nationale et la résistance palestiniennes.
Cette omission n’est pas anodine et crée une vulnérabilité importante susceptible de compromettre la viabilité du plan. Les groupes de résistance armée palestiniens tels que le Hamas ne sont pas apparus de manière isolée, mais en réaction à des décennies d’occupation militaire, de privation des droits politiques, de construction de colonies et de déni systématique des droits nationaux palestiniens. Le refus du Hamas de désarmer est directement lié à la conviction que les armes sont des outils nécessaires à la résistance contre l’occupation et l’agression continues (les peuples d’Afrique du Nord en savent quelque chose). Cette position a été réaffirmée par les responsables du Hamas en 2025, qui ont déclaré que le désarmement dépendait de la fin de l’occupation et de la création d’un État palestinien.
L’exigence du plan Trump de désarmement du Hamas avant tout règlement politique bouleverse les principes conventionnels de résolution des conflits, selon lesquels des mesures mutuelles et réciproques tendent à instaurer la confiance. Il impose un désarmement unilatéral qui laisse les Palestiniens vulnérables, sans garantir leur souveraineté ni mettre fin au contrôle israélien. Cette approche risque d’amener le Hamas à considérer la conformité comme une capitulation plutôt que comme une paix, ce qui conduirait à une résistance prolongée ou à la montée en puissance de factions plus radicales à Gaza.
De plus, le plan part du principe qu’un comité de gouvernance technocratique, approuvé par les puissances internationales et libre de toute influence du Hamas, peut administrer Gaza de manière efficace et équitable. Cela ne tient pas compte des réalités politiques bien établies et de la légitimité locale dont jouit le Hamas après des années de gouvernance et de prestation de services sociaux. Cela ne tient pas compte non plus du scepticisme généralisé des Palestiniens à l’égard des organes administratifs internationaux soutenus par Israël, qui pourraient renforcer les griefs plutôt que les résoudre.
L’expansion continue des colonies israéliennes et le maintien de l’occupation en Cisjordanie renforcent la méfiance des Palestiniens à l’égard de toute initiative de paix centrée sur Gaza et déconnectée de résolutions politiques plus larges. Sans tenir compte de ces réalités territoriales et politiques, l’isolement de Gaza s’aggravera même si les violences immédiates s’apaisent. Ainsi, les actions des colons et les postes de contrôle militaires perpétuent la dépossession ailleurs, compromettant la stabilité à long terme.
Historiquement, les plans de paix unilatéraux ou partiels qui ignorent les causes politiques profondes ne produisent que des pauses à court terme dans les conflits. Le retrait israélien de Gaza en 2005 n’a pas mis fin à l’attrait du Hamas ni à ses activités armées ; au contraire, le blocus et l’occupation ont aggravé les griefs, alimentant les vagues de violence qui ont suivi. De même, les tentatives de démilitarisation de Gaza sans tenir compte des droits des Palestiniens risquent de recréer les conditions d’un futur conflit, car les griefs restent sans réponse malgré un désarmement temporaire.
Dans la pratique, le plan s’est heurté à des difficultés immédiates. Le Hamas a refusé le désarmement complet ou l’exclusion du gouvernement, Israël s’est opposé à la participation de l’Autorité palestinienne et la force internationale de stabilisation promise n’a pas encore vu le jour. Les observateurs avertissent que Gaza risque la partition et une instabilité accrue plutôt que l’unité et la paix.
En fin de compte, le plan Trump pour Gaza est structurellement incapable de garantir une paix durable ou un désarmement complet du Hamas. En effet, il ne s’attaque pas aux questions fondamentales de l’occupation israélienne, de l’apatridie des Palestiniens et de l’absence de droits politiques. Une paix durable nécessite des solutions politiques fondées sur la justice, la reconnaissance de l’autodétermination des Palestiniens et la fin de l’occupation, conditions ignorées dans le plan actuel.
Ainsi, le désarmement et la paix resteront des objectifs difficiles à atteindre tant que le conflit politique profond ne sera pas résolu. Toute voie à suivre doit intégrer la fin de l’occupation, l’arrêt des colonies et la reconnaissance de la souveraineté palestinienne comme conditions préalables, et non comme des considérations secondaires, sous peine de perpétuer le cycle de la violence dans de nouveaux cadres.