Dans une déclaration accordée à Réalités Online en marge de la tenue du 11e Forum international de la santé numérique, le Pr Ramzi Nouira, spécialiste en chirurgie générale au CHU Charles-Nicolle, a levé le voile sur une avancée majeure pour la santé publique tunisienne : l’entrée en scène de la chirurgie robotique. Après deux décennies de domination mondiale, cette technologie s’installe enfin dans les blocs opératoires tunisiens, promettant de transformer radicalement la prise en charge chirurgicale.
Depuis environ quatre mois, le service de chirurgie « B » de l’hôpital Charles-Nicolle s’est doté d’un robot de pointe. Pour le Pr Nouira, ce passage à la robotique est une évolution logique et nécessaire de la cœlioscopie (chirurgie mini-invasive). Si cette dernière avait déjà réduit les douleurs et accéléré la récupération, le robot repousse encore les limites de la précision. « Avec la chirurgie robotique, on a accès à une chirurgie mini-invasive encore plus développée. On voit mieux, on travaille avec plus de sécurité et les interventions présentent moins de complications », souligne le Pr Nouira.Cette efficacité est particulièrement cruciale dans le traitement des cancers, où la rigueur du geste opératoire conditionne souvent le pronostic du patient. Longtemps freinée par le monopole d’une seule firme mondiale, la chirurgie robotique entre dans une phase de démocratisation. Le CHU Charles-Nicolle a ainsi opté pour un modèle sud-coréen, illustrant l’ouverture du marché à de nouveaux constructeurs (français, chinois, britanniques). Cette concurrence tire les prix vers le bas et rend l’équipement plus accessible pour les structures publiques.
Par ailleurs, le Pr Nouira entrevoit une médecine décentralisée grâce à la télé-chirurgie : « on aura peut-être un jour un chirurgien à Tunis capable d’opérer, quelle que soit sa spécialité, un patient situé à Ben Guerdane, Sidi Bouzid ou Bizerte ».
Malgré ces prouesses technologiques, le Pr Nouira tient à rassurer : le robot n’est pas un remplaçant, mais un prolongement de la main du chirurgien. La machine reproduit fidèlement les gestes, mais ne possède ni le jugement, ni l’adaptabilité de l’être humain. « Le chirurgien reste la pierre angulaire. Une chirurgie, c’est comme une guerre : on sait quand elle commence, mais jamais quand elle finit à cause des imprévus. L’humain reste indispensable pour gérer ces aléas et maintenir ce contrat de confiance avec le patient que le robot ne pourra jamais remplacer », conclut-il.
Entretien conduit par Hajer Ben Hassen
Réalisation et montage : Riadh Sahli