Les trois premiers jours de la nouvelle année 2026 ont annoncé la couleur et le ton des prochains jours, semaines et mois. Aucun pays, aucun chef d’Etat, ne sera à l’abri de la « colère » du nouveau maître absolu du monde, dont la manière de penser et de faire, à l’opposé des valeurs universelles partagées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, fait de lui un dirigeant différent, inimitable… imprévisible, anticonformiste… autoritaire. Un dirigeant redoutable et redouté, y compris par ses amis et alliés, qui impose par la force sa vision de la paix dans le monde, celle qui garantit exclusivement la sécurité et les intérêts économiques et financiers des Etats-Unis, aux dépens de ceux des autres pays, même amis ou alliés, si nécessaire.
Gaza a donné à constater que la page de l’histoire du droit international, du droit humanitaire international, de la justice internationale, de la solidarité internationale a été tournée définitivement. La communauté internationale a observé, sans agir concrètement, le génocide perpétré par l’entité sioniste contre le peuple palestinien à Gaza et en Cisjordanie occupée.
A Gaza, l’ONU a été amputée de ses ailes, tous ses organismes de maintien de la paix et de respect des droits des peuples à la vie et à la dignité, ont été marginalisés. Au Liban, en Syrie, la souveraineté nationale est sacrifiée à l’aune d’accords et de plans de « paix », qui marginalisent les intérêts nationaux et supplantent tous les traités internationaux et onusiens. Bien sûr, il y a eu, avant, l’Irak, la Libye et d’autres, mais jamais avec autant de défiance, d’arrogance, d’inhumanité.
La capture du président vénézuélien en exercice, Maduro, par les forces américaines et son exfiltration vers les Etats-Unis sont la dernière expression du mépris du monde, de tous ses peuples, de la morale tout court. Quels que soient les arguments et les justifications avancés, les dirigeants du monde entier ont été bel et bien humiliés.
La mise en garde est claire : « American first ». Un slogan qui fait référence à une tendance politique isolationniste aux Etats-Unis, popularisée par le président Woodrow Wilson en 1919. Ressuscitée par Donald Trump lors de sa campagne électorale, elle est devenue une doctrine et tous les moyens, légaux et immoraux, sont permis pour la traduire en actions. Ce qui s’est passé la nuit du 2 au 3 janvier, à Caracas, appelée Opération « Absolute Resolve », exécutée après plusieurs frappes américaines sur des sites sensibles de la capitale vénézuélienne et ses environs, comme toutes les précédentes guerres, invasions et/ou ingérences étrangères, a divisé le monde entre ceux qui dénoncent une « piraterie d’Etat » et ceux qui applaudissent « une opération de libération contre la dictature ». Désormais, la définition du mot dictature devra être révisée et ses limites retracées car il importe, désormais, de répondre à une question : le monde peut-il accepter d’être dirigé par un roi suprême ? Les démocraties occidentales sont confrontées à un dilemme : faire comme « Lui » ou courir le risque de provoquer « Sa » colère. Peuvent-elles s’octroyer le droit de se comporter comme des dictatures hors de leurs frontières sous prétexte de combattre le terrorisme, le narcotrafic, le non-respect des droits de l’homme et des libertés, les armes de destruction massive… ? Des prétextes à la clé pour punir à tout-va les « Insoumis », souvent au profit de la sécurité d’Israël et de l’hégémonie américaine.
Face à l’Amérique de Trump, il n’y a pas de souveraineté qui tienne, même entre puissances mondiales, le leadership américain ne supporte aucun rival. Trump dirige les Etats-Unis mais pas que. L’Europe, son allié le plus proche, est dans son viseur, en attendant les autres. A titre d’exemple, il somme les juges français de ne pas condamner le leader du Rassemblement National, Marine Le Pen, au risque de subir des sanctions comme leurs confrères de la CPI pour avoir émis un mandat d’arrêt international contre Benyamin Netanyahu et certains de ses ministres. Il dicte également aux dirigeants européens la posture et la politique sécuritaire à adopter contre les immigrés, les musulmans, leur intimant l’ordre de faire le nécessaire pour empêcher le « Grand remplacement ». Un racisme d’Etat décomplexé qui sème la division dans les sociétés européennes et, par conséquent, prépare la chute de l’Europe si rien n’est fait pour stopper l’hécatombe.
L’Amérique de Trump règne. Et que fait la Chine ? Le géant chinois prépare, lui aussi, sa guerre : la récupération de Taïwan. Un choc des titans en perspective. En attendant, l’Amérique de Trump lui coupe toutes les voies possibles d’aide et de soutien militaires et financiers. Les alliés de la Chine sont en train de tomber un à un, laissant la place à des dirigeants sous influence américaine.
Des voix opposantes à la dictature trumpiste continuent d’être entendues ça et là mais sans bénéficier des relais médiatiques nécessaires. A propos de la capture du président vénézuélien, la sidération a été totale dans une partie du monde qui croit encore en la souveraineté des pays et au respect des institutions. « Non à de nouvelles guerres pour le pétrole », a crié une députée espagnole au Parlement européen, Irene Montero, appelant son pays à « rompre ses alliances avec Washington » parce que « les Etats-Unis sont un danger, soit nous les arrêtons, soit ils envahiront tout », a-t-elle affirmé. Les réactions hostiles à ce qui peut être perçu comme du banditisme d’Etat se sont relayées à travers plusieurs capitales sous formes de manifestations de rues ou de déclarations. L’une des plus retentissantes est celle de la légende mondiale du tennis, Novak Djokovic. Le tennisman a adressé un message aux Américains dans une interview au magazine TIME : « Réveillez-vous avant que les dégâts ne deviennent irréversibles… le 25e amendement de la Constitution américaine et la procédure de destitution ont été créés pour contenir ce genre de personnage… Nous n’avons pas besoin de dirigeants autoritaires. Nous avons besoin de leaders ancrés dans la vérité, l’humilité et la responsabilité ».
La souveraineté nationale à géométrie variable, c’est ce à quoi nous allons devoir nous soustraire. Ceux qui applaudissent ne sont pas forcément du bon côté de l’histoire, quant aux autres, ils devront se préparer à payer le prix fort car la page de la justice internationale, du droit international, de la solidarité internationale, du droit des peuples à décider de leur avenir est désormais tournée au profit de la loi du plus fort, celle du « roi de la paix » dans le monde derrière lequel s’alignent les maîtres du business.