L’Eau de demain : Quand le génie de l’énergie sauve le Sahel tunisien

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Par A. Kerkeni

L’heure est à la vérité face au soleil ardent qui assèche nos réserves : la Tunisie, ce joyau méditerranéen, affronte un défi existentiel. L’eau douce se raréfie, et l’énergie, bien que vitale, est une ressource coûteuse. Pourtant, au large de Sousse, la Centrale à cycle combiné d’Oued Hamdoun, bastion de notre souveraineté électrique, détient la clé d’une alliance inattendue, une synergie capable de transformer notre destin.

I- L’inspiration chinoise et la révélation d’Oued Hamdoun
​L’Orient nous a montré la voie. L’usine de Rizhao, en Chine, n’est pas un simple exploit technique, c’est un manifeste philosophique, prouvant que la chaleur rejetée, le déchet de l’industrie, peut se métamorphoser en richesse. Ici, sur nos rivages, nous pouvons appliquer ce même génie.
​Au lieu de considérer la centrale d’Oued Hamdoun uniquement comme un producteur d’électricité, il est temps de la voir comme une mère nourricière potentielle. Pourquoi ériger une usine de dessalement indépendante, avec ses propres pompes, ses propres prises d’eau et sa propre facture énergétique exorbitante, quand une infrastructure colossale est déjà en place ?

II- Le mariage de la vapeur et du sel : le procédé de l’osmose inverse
​Le projet consiste en une intégration élégante : raccorder une unité d’Osmose Inverse (OI) au complexe énergétique existant.
​L’OI est l’art de forcer l’eau salée à travers des membranes semi-perméables pour la délester de son sel. Cela requiert de la pression, et donc de l’énergie électrique. C’est là que la centrale intervient. Elle garantit un flux d’électrons direct, stable et à un coût marginal optimisé, transformant la principale dépense de l’OI en une transaction interne maîtrisée.
​Mieux encore, le processus de refroidissement du condenseur de la centrale a pour effet secondaire de tiédir l’eau de mer rejetée. Cette chaleur, même infime, est un cadeau. Elle rend les membranes d’OI plus perméables, comme une peau qui respire mieux, réduisant ainsi la puissance des pompes et l’énergie consommée. C’est l’intelligence de l’énergie au service de l’eau.

III. Les fruits d’une synergie maîtrisée
​L’intégration dépasse le simple avantage technique. Elle génère une cascade de bénéfices pour la nation :
Sécurité et débit : En tirant parti de cette synergie, le Sahel, région névralgique pour le tourisme et l’agriculture, gagnerait une bouffée d’oxygène immédiate avec une capacité potentielle de 50.000 à 100.000 mètres cubes par jour d’eau purifiée.
​Économie d’échelle (CAPEX) : L’État s’épargne les lourds investissements initiaux liés à la construction d’un nouveau front de mer. Les infrastructures de prise d’eau, le cœur battant de tout projet côtier, sont déjà financées et opérationnelles.
Harmonie environnementale : La saumure, cette eau ultra-salée rejetée par le dessalement, peut être diluée dans le vaste flux d’eau de refroidissement de la centrale. Ce mélange garantit une dispersion plus douce et plus large dans l’océan, réduisant la pression écologique sur les zones côtières sensibles.

IV- L’appel au partenariat d’excellence
​Si la vision est publique, le financement doit être partagé. Le partenariat public-privé (PPP) est la voie royale. En offrant à des investisseurs de calibre mondial — et pourquoi pas des géants chinois de l’ingénierie qui ont déjà fait leurs preuves dans la maîtrise des cycles combinés — un contrat d’achat d’eau garanti, la Tunisie déverrouillera les capitaux et l’expertise.
L’État, par le biais de la SONEDE, ne supportera pas l’investissement initial, mais garantira l’achat de l’eau. Ce faisant, il transforme un fardeau financier immédiat en une dépense stratégique étalée.
L’heure n’est plus à la contemplation. La centrale d’Oued Hamdoun est notre opportunité de transformer l’efficacité énergétique en assurance-vie hydrique. En unissant la puissance électrique et l’ingénierie de l’eau, la Tunisie peut assurer son avenir et celui de ses enfants.

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