S’il est parfois « difficile » ou dangereux de se procurer du Hachiche, de l’héroïne ou de la cocaïne, les adeptes ont trouvé la solution ! Il suffit de détourner certains médicaments ou produits du quotidien et le tour est joué !
Subutex, le générique de l’héroine
Le Subutex est prescrit contre la dépendance à l’héroine. Il est soumis à une prescription médicale et le nom du pharmacien qui le délivre doit être obligatoirement inscrit sur les ordonnances. Il fait, en Europe comme en Tunisie, l’objet de grande convoitise auprès du monde de « la drogue » … En surdosage, le Subutex a des effets psycho-actifs importants et il fait l’objet d’un abus détourné, rejoignant alors le groupe des drogues.
Le trafic de Subutex dans une mosquée de Dar Chaabane
Dans un bar à Nabeul, Ahmed est quelque peu fier de dire qu’aucun quartier de la Tunisie ne peut concurrencer Dar Chaabane en matière de trafic de drogue… Dernière information insolite, une mosquée a été fermée à Dar Chaabane car là où les fidèles sont censés faire leurs ablutions, d’autres fidèles avec d’autres « idées » que celle de Dieu ont décidé d’en faire leur lieu de rencontre pour des « subutex party » … Et Marouane pousse le bouchon en disant que si l’alcool est interdit par la religion, il n’y a marqué nulle part que le Subutex est « hram » … Le Subutex n’est pas un pêché … En même temps, difficile de prévoir qu’il y aura autant d’esprits « mal tournés ».
C’est en effet, dans cette mosquée de Dar Chaabane, que des rencontres pour le moins inattendues ont lieu pour le trafic de Subutex !
Le danger du Subutex ?
Le produit n’est pas fabriqué pour être injecté. C’est un produit dont la consistance est dense et qui provoque l’obstruction des veines. L’injection est sur ce plan encore plus dangereuse que le Subutex ! Une overdose sur deux est en fait une embolie pulmonaire. L’injection expose davantage aux risques d’overdose, d’infection et de contamination par les virus du sida et des hépatites.
Les «zones de non droit»
Marwene continue à vanter les mérites de «Dar Chaâbane City», Dar Chaâbane est en fait un quartier populaire limitrophe à la ville de Nabeul.
«A Dar Chaabane tu peux aussi te procurer sans difficulté de la zatla, de la cocaine … Tout ce que tu veux ! Il y a un endroit à Dar Chaabane, devant le parking des grands immeubles au tournant du Souk de Nabeul, quand tu te gares là bas le soir, quand toutes les boutiques qui vendent de l’alcool ont fermé, ça veut dire que tu veux acheter des bières. C’est un code, tout le monde le sait, même les agents de police achètent de là bas. En fait, c’est pareil pour la Zatla, il y a des endroits pour ça, des vendeurs connus !»
La drogue dans nos rayons !
Nous avons déjà parlé de ce détachant qui fait tâche … On sait que les jeunes des quartiers défavorisés sniffent de la colle mais d’autres avec leur argent de poche préfèrent inhaler certains solvants, en particulier un célèbre détachant…
Les techniques se suivent mais ne se ressemblent pas. On peut inhaler quelques gouttes du produit dans un sachet ou tremper un tissu dans le produit et le respirer.
On se souvient du témoignage de la jeune Fatma qui avait 14 ans à l’époque, c’était tout juste l’année dernière :
«J’ai découvert ce jeu avec mon petit copain et sa bande d’amis, il vivait en France l’an dernier. L’un d’entre nous part seul acheter le produit pour ne pas nous faire remarquer. Chacun paie sa part. Après on prend quelques sachets, on reste ici, dans le quartier derrière le lycée, et chacun respire à son tour. L’effet ne dure pas longtemps, ce n’est pas comme la drogue, c’est très rapide, mais le résultat est garanti…»
Attrape-moi si tu peux
Il est difficile de repérer ce genre «d’excès»… On ne peut pas arrêter quelqu’un ou le soupçonner d’acheter du détachant ce qui rend cette drogue plus abordable … Les tentations sont plus grandes et le pas, plus facile à franchir. Papa, maman et la police ne s’en rendent pas compte facilement.
Dr. Wahiba Douki, Professeur Hospitalo-universitaire en toxicologie, nous a confié que ces produits à base de solvants peuvent être mortels du premier coup. Les médecins du monde entier s’accordent à dire que fumer un joint est bien moins dangereux que d’inhaler un produit ménager. « En effet, les produits chimiques sont rapidement absorbés par les poumons, ils arrivent tout aussi vite dans le sang et atteignent le cerveau et d’autres organes, comme le cœur, les reins, le foie, la moelle épinière, causant parfois des dommages physiques et mentaux irréversibles. »
Dr. Douki affirme qu’il est difficile de contrôler ce genre de pratiques à cause de la facilité d’accès aux produits de base de ces nouvelles drogues. Par ailleurs, il est important que les parents parlent à leurs enfants des dangers de ces stupéfiants inattendus.
Yasmine Hajri