Les Druzes, gardiens d’une foi secrète au cœur d’une Syrie déchirée !

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Depuis le début juillet 2025, la province druze de Soueïda, dans le sud de la Syrie, connaît une violence intercommunautaire extrêmement intense. Tout a commencé avec l’enlèvement d’un marchand druze sur l’autoroute entre Damas et Soueïda, suivi de représailles mutuelles entre groupes bedouins sunnites et factions armées druzes. Ce cycle de kidnappings a rapidement dégénéré en affrontements armés.
Entre le 13 et le 17 juillet, les combats se sont étendus à la ville de Soueïda et à ses environs, faisant plus de 500 morts, dont de nombreux civils druzes assassinés dans des exécutions sommaires, ainsi que des militants et forces de sécurité. Des témoins ont rapporté des lynchages, pillages et mutilations, certains assaillants arborant des uniformes militaires, rendant la violence encore plus opaque.
Déployées pour rétablir l’ordre, les forces gouvernementales ont rapidement été accusées d’avoir commis à leur tour des exactions : arrestations arbitraires, exécutions et pillages contre des civils druzes. Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu le 15 juillet, la violence a repris dès le retrait partiel des troupes officielles.
Dans ce climat insécurisé, l’armée syrienne avait d’abord tenté d’imposer un couvre-feu et d’assumer le contrôle, avant de se retirer partiellement, laissant des responsables druzes et notables locaux chargés de la sécurité de la région.
L’accord trouvé avec certaines autorités druzes a été rejeté par d’autres chefs influents, notamment le cheikh Hikmat al‑Hijri, qui a appelé à la résistance armée contre le régime.
La situation a pris une dimension internationale lorsque l’armée israélienne a mené des frappes aériennes autour de Soueïda, affirmant protéger la minorité druze. Ces interventions ont ciblé des positions gouvernementales à Soueïda et à Damas. Les États-Unis ont publiquement désapprouvé ces actions tandis que la communauté druze est restée divisée quant à la légitimité d’une telle ingérence.
Les Nations Unies ont exprimé la plus vive inquiétude face à l’éruption de violence sectaire, appelant à une enquête indépendante sur les exactions et à une protection urgente des civils. Le secrétaire général de l’ONU a dénoncé les violations des droits humains commises par toutes les parties impliquées et souligné la nécessité d’empêcher une nouvelle spirale de vengeance.
A ce jour, la crise à Soueïda représente l’un des épisodes de violence les plus graves depuis l’effondrement du régime de Bashar al‑Assad en décembre 2024. Elle met en lumière les tensions ethno-religieuses persistantes, la fragilité de l’ordre post-conflit, et l’échec des institutions syriennes à garantir sécurité et neutralité.

Quid de cette communauté ?
Les Druzes forment une communauté religieuse singulière, profondément enracinée dans l’histoire du Moyen-Orient. Bien que minoritaires en nombre, ils occupent une place importante sur les plans culturel, social et politique dans plusieurs pays de la région, notamment en Syrie, au Liban, en Israël et en Jordanie. Leur religion est née au début du XIe siècle, dans le contexte du califat fatimide du Caire. Issu de l’islam ismaélien, le druzisme s’en est progressivement détaché pour devenir une foi autonome, ésotérique et fermée. À la différence des grandes religions monothéistes, les Druzes ne pratiquent ni prosélytisme ni conversion, et seuls les initiés ont accès aux textes sacrés et aux enseignements spirituels.
Leur foi mêle des éléments philosophiques venus du néoplatonisme, du gnosticisme, de l’islam chiite et de traditions orientales plus anciennes. Elle repose sur la croyance en l’unicité absolue de Dieu, en la réincarnation de l’âme et en une quête personnelle de la vérité et de la sagesse. Les pratiques religieuses sont discrètes, souvent intérieures, et les cérémonies rituelles sont réservées aux membres initiés. Cette approche spirituelle leur confère une identité à la fois mystique et secrète, qui a contribué à leur cohésion à travers les siècles.
En Syrie, les Druzes sont concentrés dans le sud du pays, autour de la ville de Soueïda, dans la région connue sous le nom de Jabal al-Druze. Avant le conflit syrien, ils représentaient environ 3 à 5 % de la population. Historiquement, ils ont bénéficié d’une certaine autonomie locale et ont su préserver leur mode de vie et leur système communautaire. Pendant la guerre, ils ont adopté une posture de neutralité prudente, cherchant à éviter les affrontements directs tout en assurant la protection de leur territoire.
Au Liban, où leur présence est tout aussi ancienne, les Druzes jouent un rôle politique majeur et sont reconnus comme l’une des dix-huit confessions religieuses officielles du pays. En Israël, ils sont une minorité reconnue et servent notamment dans l’armée, à la différence d’autres groupes arabes. En Jordanie, leur communauté est plus restreinte, mais continue de maintenir ses traditions et son identité.
Malgré leur petit nombre, les Druzes ont su préserver, au fil des siècles, une forte cohésion sociale et une identité distincte, marquée par la loyauté, la discrétion et l’attachement aux valeurs morales. Dans un Moyen-Orient en constante mutation, ils demeurent un exemple rare de résilience spirituelle et communautaire.

(Avec Agences)

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