Les oueds et les djebels dormants ont souvent un réveil brutal

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Trop de libertés ont été prises dans l’aménagement de nos villes. Nous n’avons pas été suffisamment attentifs aux enseignements de l’histoire ni aux impératifs de la géographie. On a longtemps fait fi des capacités potentielles de Dame Nature, souvent capricieuse. Les oueds dormants ont toujours un réveil brutal. C’est la raison pour laquelle il ne faut jamais « attenter », à leur lit. Le djebel El Manar, sur lequel trône le mausolée du Saint qui a donné son nom à ce village perché – Sidi Boussaid-souffre ces temps-ci d’avoir pendant ces dernières 50 années supporté cette masse, sans cesse croissante, de pierres et d’acier.

Les montagnes, comme les oueds, finissent souvent par se rebiffer. Prenons-y garde.

Des collines comme celles d’Ennasr doivent- elles supporter au risque de subir un effet boomerang cette densification à outrance qui autorise l’entassement des êtres vivants mais qui ne laisse point de place aux morts puisqu’aucun cimetière n’y est projeté !

La ville de L’Ariana, dont j’ai accompagné le développement urbain durant un demi-siècle, offre un exemple édifiant d’une méconnaissance totale du relief de ce qui fut jadis un village de roses.

Jusqu’aux années 60, la cité Ennouzha, la zone de borj louzir, l’étendue de Jaafar constituaient le déversoir des oueds qui gravitaient autour du Jebel Nahli, Rous El Hraieg et Borj Turki. C’est pourquoi nos ancêtres, non seulement évitaient d’entraver ce cours des choses, mais en profitaient pour créer ici un potager, là une prairie et là-bas un vaste champ d’oliviers.

L’équilibre physique était sauf. On se demande alors pourquoi l’avoir transgressé.

Des besoins vitaux de constructions pour y loger le plus grand nombre ? Des coûts relativement peu élevés que masquaient les entorses à une viabilisation préalable ? Une production foncière abondante et bon marché qui suscitait l’engouement des lotisseurs qui pullulaient ? Autant de questions qui ont été magistralement traitées par Morched Chebbi ( 1947-2023), auteur d’une thèse mémorable sur l’habitat spontané péri-urbain.

Mais il en est une qui taraude nos esprits. Y a-t-il réellement une culture de l’urbanisme, c’est-à-dire une culture qui tienne compte à la fois des enseignements des temps, au passé comme au présent, et qui intègre intelligemment la dimension prospective.

Les perspectives parisiennes du préfet Haussman (1809-1891) offrent à cet égard un cas d’école. Elles ont traversé allègrement deux siècles déjà. On dirait qu’elles avaient été conçues pour durer une éternité.

Pourtant la Tunisie s’enorgueillit d’être le pays d’Ibn Khaldoun, (1332-1406) le maître à penser de tous les urbanistes. Dommage qu’on ne le lise pas assez ! Dans son « livre des exemples » il consacre le premier chapitre à l’aménagement des villes en insistant sur ce qu’il y a lieu d’entreprendre et particulièrement sur ce qu’il faut ne pas entreprendre pour ne pas nuire au confort des habitants.

Aujourd’hui il ne fait guère de doute qu’au regard de ce qui passe sous nos yeux, la problématique de l’urbanisme est d’actualité. Naguère creuset de civilisations et lieu de brassage de cultures, la ville au 21ème siècle peut-elle devenir un endroit où les hommes et les femmes auront la sagesse de savourer leur bonheur d’héritiers sur cette terre » en parfaite symbiose avec la nature ?

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