Au moment où l’Alliance atlantique s’apprête à fêter ses soixante-quinze ans, l’ancien roi de l’immobilier new-yorkais ayant accédé aux commandes de la première puissance mondiale, Donald Trump, ne cesse de réitérer son intention d’annexer le Groenland, un territoire qui fait juridiquement partie de la couronne danoise et qui est donc membre de l’OTAN. Une situation inquiétante devenue dramatique pour l’Europe après que le vice-président du conseil de sécurité russe Dimitri Medvedev a estimé que l’acquisition de l’île par les États-Unis pourrait être bénéfique pour le climat mondial, en incitant Donald Trump à «se hâter». De quoi faire dresser les cheveux sur la tête de Macron, Merz, Starmer et les autres dirigeants européens pour lesquels une pareille aventure serait une faillite pour l’Europe et l’Alliance atlantique.
De son côté, la Chine, un autre ennemi mortel de l’Europe, continue de profiter des atermoiements européens et des outrances trumpiennes pour accélérer son ascension économique en montrant sur la scène internationale un visage de plus en plus revendicatif après avoir bouleversé le paysage mondial.Les dirigeants européens ont opéré un glissement sémantique en parlant de «capacité» de l’Europe à réagir, mais en réalité, ils ne peuvent rien faire.
Il faut reconnaître que, depuis son premier mandat, Donald Trump flirtait avec l’idée folle de retirer son pays de l’Alliance atlantique et de déstabiliser l’Union européenne. Il a solennellement soutenu le Brexit, suggéré à la France et aux pays scandinaves de suivre l’exemple du Royaume-Uni. Il ne défend plus ses alliés. Il a humilié, ridiculisé et insulté la France, l’Allemagne, le Danemark et la Grande-Bretagne, proposé des sanctions contre l’Espagne. Pire encore, il a fait régner sur eux la menace d’une terreur exercée par la force, mais aussi par un redoutable arsenal de surtaxes douanières. Jamais jusqu’ici un arsenal pareil n’avait été déployé par les États-Unis contre ses alliés.
S’il est, aujourd’hui, un continent qui souffre de cette situation alarmante, il s’agit bien de l’Europe. L’ordre international bâti après la Seconde Guerre mondiale est remis en cause. l’OTAN, un ensemble d’institutions, de normes et d’alliances qui devaient assurer, dans l’intérêt des États-Unis, la sécurité de l’Europe, est menacé. La «pax americana» pensée en 1945 et les certitudes de la coopération entre les Alliés sont désormais mises à l’épreuve. Donald Trump aura été le fossoyeur de tous ces acquis. Il croit que la véritable menace stratégique pour les États-Unis, aujourd’hui, n’est plus la Russie, mais la Chine et l’Union européenne. En optant pour cette approche, il a permis à la nouvelle génération d’Américains de remettre en question les dogmes de la fin de la guerre froide.
Dans ce monde qui bascule vers la Chine sur le plan économique et vers les États-Unis au niveau géopolitique, le Vieux continent se trouve pris entre le marteau et l’enclume, impuissant à tous les niveaux.
Bien sûr, la résistance de l’Europe tiendra encore quelque temps. Elle ne disparaîtra pas rapidement comme celle de Nicolás Maduro et son régime. Mais la force n’y est plus. Chaque jour apporte son signe de faiblesse.
Enfin, pour comprendre l’éternelle renaissance de l’autocratie, l’hégémonie et la prédation, il est conseillé de relire Voltaire, Shakespeare, Ibn al-Muqaffa et Ibn Khaldoun à propos de la séduction qu’exerce la folie de grandeur sur les nouveaux tyrans dont Donald Trump est le Guide suprême.