L’évacuation de Bizerte : la conquête de la souveraineté totale

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L’indépendance proclamée le 20 mars 1956 n’avait pas complètement libéré la Tunisie. La France conservait la base navale de Bizerte, un site stratégique qu’elle refusait d’abandonner, prétextant son importance pour la guerre d’Algérie. Pour le combattant suprême Habib Bourguiba, cette situation portait atteinte à la dignité nationale et contredisait l’esprit même de l’indépendance.
Pendant plusieurs années, les négociations restèrent vaines. Paris maintenait ses positions, tandis que Tunis revendiquait avec fermeté le départ des troupes françaises. La tension monta brusquement en juillet 1961, lorsque la France entreprit l’agrandissement de la piste d’atterrissage de la base sans l’accord des Tunisiens. Considérant cet acte comme une provocation, le leader Bourguiba ordonna le blocus de la base par l’armée tunisienne et des volontaires civils.
Le 19 juillet 1961, les affrontements éclatèrent. L’armée française riposta avec une puissance de feu écrasante : avions, chars et artillerie furent utilisés contre les forces tunisiennes. Les combats furent d’une grande violence et firent plus de 600 morts et un millier de blessés côté tunisien. Malgré cette tragédie, la résistance héroïque des Tunisiens toucha profondément l’opinion publique internationale, révélant la détermination d’un jeune État à défendre son intégrité territoriale.
Face à la pression internationale et à la fin de la guerre d’Algérie, la France dut réviser sa position. Après de longues discussions, elle accepta finalement de quitter la base de Bizerte. Le 15 octobre 1963, le dernier soldat français embarqua, marquant la libération totale du territoire tunisien.
A Bizerte, la foule en liesse célébra l’événement : les drapeaux rouges et blancs flottaient, les hymnes patriotiques retentissaient, et l’émotion collective traduisait la fierté d’un peuple enfin maître de son destin.

Depuis, le 15 octobre est célébré comme la Fête de l’évacuation, en hommage aux martyrs de 1961 et à tous ceux qui ont défendu la souveraineté du pays. Plus qu’une simple commémoration, cette date symbolise l’unité, le courage et la dignité d’une nation qui a su transformer la souffrance en victoire et clore, dans la fierté, le chapitre du colonialisme.

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