L’“honorable” renard

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Chaque fois que je commence à feuilleter les rapports occidentaux relatifs aux droits de l’homme dans le monde, une phrase écrite en 1847 par Tocqueville, après un voyage en Algérie colonisée, traverse violemment mon esprit :»Nous avons dépassé en barbarie les Barbares que nous venions civiliser». Dans cette phrase, l’Occident apparaît, à travers le nuage brumeux de sa schizophrénie, comme une sorte de canalisation d’égouts, effrayant, arrogant, hypocrite, aveugle, dans lequel collectivisation du crime, démocratisation du racisme et permis de tuer et de justifier les génocides et les crimes contre l’humanité se contrebalancent odieusement.
Derrière cette volonté délibérée de brandir des slogans éthiques francs et sans ambiguïté, on découvre de sauvages obscurités dont chacun voudrait bien éviter la vue, comme ce génocide à Gaza avec ses milliers de victimes innocentes qui ont transformé en charnier tous les territoires de la Palestine occupée. Il ne suffit pas de faire triompher une «bonne conscience» dans des rapports qui ne peuvent plus tromper personne. Car, en passant d’une théorie qui consiste à conserver l’image trompeuse d’un Occident attaché aux valeurs de défense des droits de l’homme, à la réalité d’une complicité avec les génocidaires sionistes, ces rapports risquent de perdre leur innocence pour laisser place au soupçon.
Dans un roman-fleuve (890 pages), «La fabrique des salauds», l’écrivain et réalisateur allemand, Chris Kraus, déplore la transformation des Occidentaux en bourreaux jamais vraiment repentis.
Ce qui se brise ici, c’est le droit qui a joué un rôle déterminant dans l’invention de l’État occidental civilisé puis de la démocratie avec la reconnaissance des droits de l’homme. Cet État civilisé fut décisif dans l’affirmation du principe d’égalité entre les nations. Un Etat où on ne se soucie pas seulement de sa propre liberté mais aussi de la liberté des autres nations. Malheureusement, ce qui se passe aujourd’hui est une simple renonciation à ce qui est non seulement des valeurs humaines, l’honneur d’un Occident libérateur, mais aussi à ce qui est probablement la sève nourrissante, la seule, d’une civilisation humaniste : l’idée de justice. C’est ainsi que l’Occident perdit son éclat qui le rendait le «défenseur» de tous les peuples opprimés.
En ce sens, nous pouvons concevoir que l’Occident a perdu sa guerre des slogans, avec des prises de positions éhontées, quand il s’agit de droit international, de juste et des droits de l’homme. En justifiant le génocide à Gaza, il a confirmé sa défaite stratégique, pour perdre, du même coup, sa crédibilité et, par ricochet, son poids moral.
Sous les yeux de tous les peuples du monde, la haine contre les civils palestiniens, écrasés par l’armée sioniste, et le soutien aveugle au génocide incitent clairement les criminels de guerre à tuer : «Vous avez non seulement le droit mais le devoir d’avoir votre part de ce sang palestinien sur les mains», disait un «intellectuel» sioniste français en s’adressant à une horde de colons israéliens. Voilà une preuve brutale sur la vitesse à laquelle les repères d’un «Occident civilisé» peuvent se perdre, les systèmes politiques les plus démocratiques peuvent se défaire.
L’apparent respect d’une certaine méthodologie dans ces rapports occidentaux relatifs aux droits de l’homme dans le monde ne saurait cacher la réalité d’une dangereuse dérive d’une «civilisation judéo-chrétienne» chère aux nouveaux pouvoirs de l’extrême droite aux États-Unis et en Europe.
Ces démonstrations de «malfaçons» vicieuses, conçues dans des rapports américains et européens, prospèrent sur l’idée qu’après tout, le renard est un honorable gardien de poulailler.

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