L’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) a organisé, le 24 novembre 2025, un événement consacré à la crise de l’eau en Tunisie. Intitulé « RésEau d’Opportunités : Résilience & Eau, les Clés de Demain », ce rendez-vous a rassemblé experts et acteurs économiques autour d’un constat implacable : le pays affronte une situation de rareté hydrique, avec un quota annuel par habitant estimé à seulement 400 m³. Les interventions ont dessiné une feuille de route combinant technologies de pointe et stratégies structurelles pour sécuriser cette ressource vitale.
Houssem Aouadi, Ingénieur Agronome, a présenté une solution d’agriculture de précision sans capteurs, pilotée par l’intelligence artificielle. Cette technologie a démontré des résultats concrets : des économies d’eau pouvant atteindre 40 %, une augmentation des rendements de 10 % à 30 %, et une hausse du bénéfice net des exploitants de 20 % à 50 %. Son entreprise, Seabex, gère déjà plus de 90 000 hectares à travers le monde, dont des projets en Tunisie, et a accompagné plus de 3 000 utilisateurs. Houssem Aouadi a souligné que le défi dépasse la technique, car l’adoption massive du photovoltaïque rend le coût de pompage négligeable, incitant au gaspillage. Il a ainsi expliqué que la solution proposée transforme l’irrigation en un levier de résilience globale face aux risques climatiques et économiques.
Le Professeur Béchir Hamrouni, Président de l’Association Tunisienne de Dessalement, a défendu le dessalement comme une solution incontournable. Il a rappelé que la capacité tunisienne actuelle est d’environ 330 000 m³ par jour, un chiffre modeste comparé à l’Algérie (2 000 000 m³/j) ou à l’Arabie Saoudite (11 500 000 m³/j). Il a indiqué que des innovations récentes ont permis de réduire la consommation énergétique de 20 kWh/m³ dans les années 1970 à seulement 2-3 kWh/m³ aujourd’hui. Pour la Tunisie, il a préconisé de s’appuyer sur son énergie solaire abondante et ses 1300 km de côtes pour développer cette filière via des partenariats public-privé.
Dans la même lignée, Dr. Olfa Mahjoub de l’INRGREF a dressé un bilan mitigé de la réutilisation des eaux usées traitées (REUT). Elle a précisé que sur les 260 à 280 millions de m³ d’eaux usées traitées annuellement, seuls 70 à 80 millions de m³ sont réutilisés, principalement en irrigation. Ce taux de 27 % est jugé faible au regard du potentiel. Elle a appelé à un effort national pour porter ce taux à 80 % à l’horizon 2050, ce qui permettrait d’irriguer 56 000 hectares et de substituer 230 millions de m³ d’eau potable.
Mme Amel Jrad a conclu les débats en plaidant pour un changement de paradigme radical. Elle a affirmé que l’eau doit cesser d’être perçue comme une simple charge pour être reconnue comme un capital stratégique. Elle a estimé que cette révolution conceptuelle est le prérequis pour justifier les investissements dans l’efficacité hydrique et les ressources non conventionnelles. Son analyse a souligné la nécessité d’une tarification incitative, d’une gouvernance intégrée et d’une large campagne de sensibilisation pour fédérer tous les acteurs autour de la valeur réelle de l’eau.