Libye : La justice internationale se saisit du dossier des migrants

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Le régime d’impunité qui prévaut en Libye depuis plus d’une décennie commence à montrer des signes de fragilité, mais il reste ancré dans des réalités politiques et économiques complexes. Les centres de détention libyens, décrits comme des « trous noirs » où les preuves et les corps disparaissent, font l’objet d’une attention judiciaire accrue. Cependant, cette évolution est freinée par des obstacles politiques et la persistance de violations systématiques des droits humains.

Les crimes commis en Libye incluent meurtres, disparitions, violences sexuelles et tortures dans des lieux de détention comme la prison de Mitiga à Tripoli. Un rapport de l’ONU cite la ville de Tarhuna, où des centaines de restes humains, menottés et portant des traces de torture, ont été découverts dans des fosses communes. Ces atrocités, perpétrées entre 2013 et 2022 par des groupes armés comme les Al-Kaniyat, restent largement impunies. Par ailleurs, les migrants et réfugiés, estimés à 787 000 personnes en 2024, subissent des violences extrêmes. Médecins Sans Frontières rapporte que ses équipes ont réalisé plus de 15 000 consultations médicales en 2024, avec une majorité de patients souffrant de troubles de stress post-traumatique. L’accès aux soins est limité, ce qui a entraîné la mort de seize personnes par manque de traitement contre la tuberculose.
Sur le plan judiciaire, des progrès sont observables. L’arrestation en Allemagne de Khaled Mohamed Ali El Hishri, visé par un mandat de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, constitue un précédent. La procureure adjointe de la CPI, Nazhat Shameem Khan, a salué la coopération du Gouvernement d’union nationale libyen, qui a reconnu la compétence de la Cour pour certains crimes. Cependant, cette avancée est compromise par des sanctions américaines ciblant neuf magistrats de la CPI, entraînant un gel de leurs avoirs et des interdictions de voyage. Nazhat Shameem Khan affirme que ces mesures « ne servent que ceux qui profitent de l’impunité en Libye ». Dans le même temps, l’Union européenne a alloué 200 millions d’euros aux autorités libyennes, notamment pour équiper les garde-côtes. Des organisations humanitaires critiquent cette approche, arguant que les régimes libyens tirent profit du trafic de migrants.

La Libye compte plus de 3 millions de migrants, avec un afflux mensuel de 90 000 à 120 000 personnes traversant le désert. Le ministre de l’Intérieur libyen, Emad Trabelsi, a sollicité le soutien de l’ONU pour un programme de retour volontaire, tandis que l’Organisation internationale pour les migrations a rapatrié environ 80 000 migrants depuis 2015. Cependant, l’UE continue de financer des accords avec des autorités libyennes que des analyses décrivent comme bénéficiant directement du trafic d’êtres humains. Cette stratégie, qualifiée d' »aveuglement volontaire », perpétue un cycle de violations et d’instabilité. Le contexte politique libyen, marqué par des divisions et des ingérences étrangères, complique toute résolution durable. La communauté internationale est donc confrontée à un double défi : traduire en justice les auteurs de crimes tout en remédiant aux causes structurelles de cette crise.

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