Une étude de l’Institut Tunisien des Études Stratégiques, réalisée à la demande de la Présidence de la République, analyse l’emprise de l’économie de rente sur le système productif national. Ce modèle économique, fondé sur des privilèges et des entraves à la concurrence, concerne plus de 50 % de l’activité économique tunisienne. Par conséquent, la concurrence y devient une exception tandis que le privilège s’érige en règle.
Ce phénomène se manifeste par des licences monopolistiques, des subventions orientées, des facilités fiscales ciblées et une rente immobilière. Le rapport décrit un système fermé qui consacre les intérêts d’un groupe restreint. Il en résulte un affaiblissement de l’investissement dans les secteurs productifs et un frein au développement des petites et moyennes entreprises. Cette configuration contribue directement à l’appauvrissement de la classe moyenne et à une concentration des richesses. L’absence de concurrence réelle génère un ralentissement de la croissance. La productivité du travail accuse ainsi une baisse estimée à 5 % chaque année, ce qui équivaut à près de cinquante mille opportunités d’emploi perdues annuellement.
Le cadre législatif est identifié comme un élément alimentant le système. La loi sur l’investissement de 2016, avec ses 243 régimes de licences répartis sur plus de 220 pages, illustre cette complexité. Les investisseurs sont ainsi confrontés à un processus bureaucratique qui peut s’étendre de six mois à deux ans pour l’obtention des autorisations. Cette situation reproduit des réseaux de favoritisme et donne à l’administration un large pouvoir discrétionnaire pour l’attribution des licences.
L’étude propose une série de réformes structurelles. Elle préconise en premier lieu une libéralisation des marchés et un renforcement du Conseil de la Concurrence. Une réforme fiscale est présentée comme un pilier, incluant la suppression des avantages injustifiés, l’élargissement de l’assiette fiscale aux activités rentières et l’imposition de taxes sur les bénéfices immobiliers et financiers non productifs. La gouvernance et la transparence sont également centrales. Le rapport recommande ainsi la publication des données économiques sur des portails ouverts, l’annonce des bénéficiaires des marchés publics et l’activation d’un contrôle indépendant. Par ailleurs, la digitalisation de l’administration est considérée comme un outil stratégique pour limiter la corruption. La création d’un registre foncier numérique transparent est spécifiquement suggérée pour réguler le marché immobilier. Enfin, l’approche doit inclure les régions intérieures via la création de zones économiques inclusives, afin de permettre aux petites entreprises régionales d’accéder aux marchés.