Les débordements marins observés à l’Avenue Habib Bourguiba à La Goulette et dans la zone de Tunis Marine ne relèvent pas d’un simple épisode météorologique isolé. Ils s’inscrivent dans une dynamique plus large de vulnérabilité accrue des zones côtières tunisiennes face aux changements climatiques. Après Hammamet, où l’avancée de la mer a endommagé, lors des dernières fortes intempéries, des établissements en bord de plage, des situations comparables ont été signalées à Sousse et Sfax, révélant un phénomène qui tend à se répéter et à s’étendre.
L’élévation progressive du niveau de la mer constitue l’un des principaux facteurs explicatifs. Sous l’effet du réchauffement global, la fonte des glaces continentales et la dilatation thermique des océans entraînent une hausse continue du niveau marin. En Méditerranée, espace semi-fermé particulièrement sensible aux variations climatiques, cette augmentation, même modérée, amplifie les effets des tempêtes et des marées exceptionnelles. A cela s’ajoute l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes : des vents plus violents et des épisodes dépressionnaires plus marqués favorisent les surcotes et l’érosion accélérée des plages.
La Tunisie n’est pas un cas isolé. Aux Pays-Bas, où une grande partie du territoire se situe sous le niveau de la mer, des digues et des barrages sophistiqués ont été développés dans le cadre du plan Delta pour faire face à la montée des eaux. A Venise, le système MOSE a été mis en place pour protéger la lagune contre les inondations répétées liées aux hautes marées exceptionnelles. Aux Etats-Unis, des villes côtières comme Miami connaissent déjà des inondations régulières par « marées de beau temps », sans tempête majeure. En Asie du Sud, le Bangladesh fait face à des submersions récurrentes qui déplacent des milliers de personnes chaque année.
Dans ce contexte mondial, le littoral tunisien apparaît particulièrement exposé en raison de la forte concentration d’infrastructures touristiques, portuaires et urbaines en bord de mer. L’artificialisation des côtes, la réduction des dunes naturelles et l’érosion chronique limitent la capacité du rivage à jouer son rôle de barrière protectrice.
Adopter une approche globale
Ainsi, les débordements récents ne doivent pas être perçus comme des événements exceptionnels, mais comme des signaux d’alerte. Ils traduisent une transformation progressive du rapport entre la mer et le littoral. L’enjeu n’est plus seulement de réparer les dégâts après chaque tempête, mais d’anticiper, d’adapter l’aménagement du territoire et d’intégrer les projections climatiques dans les politiques publiques afin de réduire la vulnérabilité future.
La répétition des débordements marins confirme que le phénomène n’est plus exceptionnel mais tend à s’inscrire dans la durée. Face à cette évolution préoccupante, les autorités devront prendre les mesures nécessaires pour protéger efficacement le littoral et anticiper les risques futurs.
Pour certains experts, il devient indispensable d’adopter une approche globale, fondée sur la prévention plutôt que sur la simple réaction aux dégâts. Cela passe par le renforcement des infrastructures de protection dans les zones les plus vulnérables, la restauration des dunes et des écosystèmes côtiers qui constituent des barrières naturelles, ainsi que par une révision rigoureuse des politiques d’aménagement afin de limiter les constructions dans les zones exposées à la submersion.
Par ailleurs, l’intégration des données climatiques et des projections scientifiques dans la planification publique est désormais essentielle. L’élévation progressive du niveau de la mer et l’intensification des épisodes météorologiques extrêmes exigent une stratégie d’adaptation claire, durable et coordonnée.
Protéger le littoral ne relève pas uniquement d’un impératif environnemental ; il s’agit également de préserver des infrastructures stratégiques, l’activité touristique et la sécurité des populations. L’enjeu est majeur, et l’anticipation constitue aujourd’hui la réponse la plus responsable face aux défis climatiques.