Avec l’arrestation de Maduro, la volonté de puissance américaine déclenche une avalanche destinée à chasser la Chine d’Amérique Latine. Pour cette raison, XI Jinping incrimine l’arrestation de Maduro et réclame sa libération. Pareille situation, inédite, rend obsolète le débat poursuivi depuis belle lurette entre la force et le droit. Désormais suspendue sur maints chefs d’État, l’épée de Damoclès, tenue par Trump, cligne vers le propos de Fiodor Dostoïevski lorsqu’il écrit dans “Les Frères Karamazov” : « Nous sommes tous coupables de tout et de tous devant tous ». L’Amérique, machiavélique, engage une dynamique démiurgique lorsque Trump dit : « Je peux intervenir partout, entreprendre ce que je veux et rien ne parvient à contrer le pouvoir américain ». Un relent prométhéen émane de cet élan nietzschéen. « Dieu est mort, il faut que le surhomme vive », écrit Nietzsche, en 1882, dans “Le Gai Savoir”. Aujourd’hui, et n’en déplaise aux Brics, le surhomme, c’est Trump. Pour l’instant, tout lui sourit et lui réussit.
Cependant, la soumission au shérif déchaîné provoque une réaction où prévaut le ressentiment. La prétention à biffer le droit, dit retors, au profit de « l’Amérique d’abord » arbore tous les torts pour les dirigeants des sociétés menacées.
La violence prédatrice du gendarme planétaire évoque l’hybris grecque et indispose la classique souveraineté maintenant foulée aux pieds. Trump voit une lumière là où les nations agressées perçoivent l’obscurité. Ainsi, Diogène, muni de sa lanterne, recherche, en plein jour, la lumière emportée par la nuit des subjectivités maintenant écervelées.
De même, en Islam, les infidèles donnent à voir les révélations divines pour des récits commis par les premiers des hommes, qalou asatir al awaline.
L’outrecuidance trumpiste mène le genre humain à la croisée des chemins.
D’une part, l’impérialisme américain poursuit son bonhomme de chemin malsain et, de l’autre, une propension tend à orienter l’univers potentiel vers la sphère multipolaire.
Ces dessous des cartes à senteur pétrolifère jouées à l’échelle mondiale gravitent autour d’un Venezuela où gîtent 20% des réserves internationales.
Eu égard à cet enjeu capital, le narcotrafic n’est qu’un prétexte soi-disant moral.
Le 7 janvier, Trump annonce la profusion du pétrole bientôt venu du pays conquis.
Pour maximaliser l’illusion de la netteté, les cent tués vénézuéliens se voient occultés.
Parmi les questions demeurées en suspens figure l’étrange perfection de l’exfiltration. C’est trop beau pour être gobé, dirait-on… Même Maduro, le violent, paraissait avoir suivi un stage inspiré par un mouton obéissant.
Décontracté avec ses chaussures colorées, il plaide non coupable tout disposé à collaborer au scénario arrangé.
D’où lui vient ce calme olympien ? Certes, les jeux sont faits. Néanmoins, il serait malaisé de prouver la part de sa culpabilité personnelle car il est question d’un système social tout entier généralisé, le narcotrafic implique la mondialité.
Priver les drogués provoquerait un raz-de-marée psychiatrique et financier. Arrêter Maduro ne change rien au monde tel qu’il est.
« Tout ça pour ça », dirait l’introducteur de Trump dans l’allégorie de la Caverne platonicienne. Des hommes cloîtrés au sein d’une grotte voient, sur la paroi, l’ombre portée par des marionnettes actionnées par d’autres hommes.
Trump, le chef suprême des marionnettistes entraîne Maduro sur la piste. Son grain de folie maquille le profil de l’abruti. Ce violeur à enfermer parvient à ébranler le monde entier tout en chapeautant le génocide éhonté. Sa prochaine cible, dit-il, sera le Groenland mais il est si près de la Russie. La Chine aussi voit d’un mauvais œil la démesure impérialiste liée à l’hybris trumpiste. De partout, la vulnérabilité entoure l’illusoire stabilité. Trump se croit seul au monde mais le monde, hélas, est si peuplé.
Après deux années de guerre génocidaire, Gaza est toujours là. Le 10 janvier, les cinq partis groenlandais paraphent une pétition pour affirmer : « Nous ne voulons pas être américains ». Et l’Iran dénonce l’ingérence américaine dans ses affaires intérieures. US go home !