Mixité

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Le 3 novembre, à midi, LCI, chaîne islamophobe, nimbée de haine anti-palestinienne, diffusait l’information non dénuée d’intérêt. Une pétition réclame des rames réservées aux femmes tant les transports en commun deviennent le moyen mis à profit par le genre masculin pour harceler, sans arrêt, le genre féminin. D’après les enquêteurs cités, 80% des femmes ressentent une peur au ventre au moment de grimper dans une rame de métro et 5% renoncent, tout à fait, d’y monter. Pour éluder le burn-out et la peur, Épicure, le précurseur, prodiguait ce conseil salvateur : « Vis caché ». La superbe langue arabe, éloquente, élégante, concise et précise, l’énonce mille et une fois bien mieux : « Al wi7datou 5ayron min jaliss assou ».
Lors de leur discussion très animée, les présentateurs de LCI rivalisent de stupidité avérée. Aux émissions, toutes dégueulasses, David Poujadass rajoute son épaisse et nauséabonde couche de crasse. Le plus idiot du troupeau déclare, tout de go : « Comme je suis homme, je ne peux désavouer cette pétition. » Sous-entendu : si j’étais femme je l’aurais désapprouvée.
Mais depuis quand un médiateur professionnel et mandaté mêle-t-il son ego particulier au débat d’idées ? Que l’émetteur du message soit homme, femme ou asexué n’a rien à voir avec le ton de l’investigation. Mais revenons aux campagnes de nos moutons. Voici donc l’incomparable Occident, autoproclamé hyperémancipé, dérangé par sa proverbiale et immémoriale mixité. A quoi sert, désormais, Voltaire ? Libéral et anticlérical, ce patriarche fonda « Ferney », premier modèle des camps de nudité où hommes et femmes déambulent, à poil, en liberté. Brigitte Bardot adorait ces lieux de parfaite mixité. Hélas, voici arrivée, maintenant, la drôle de pétition, avec la bizarre proposition. Les surhommes croyaient la séparation spatiale des sexes morte et enterrée. A l’échelle internationale c’était bien la peine de ridiculiser les Saoudiens dont les transports en commun séparent féminin et masculin. Et pourquoi rigoler au nez des Afghans, ces champions de la distinction ? En Tunisie, Alia Rihani, mon amie, me dit : « Dans le métro, les znouss mettent à profit la bousculade pour embêter les femmes. Quand j’ordonne à celui qui me colle aux fesses de s’écarter, il me dit que si cela ne me plaît pas, je n’ai qu’à prendre un taxi. » Autrement dit, la femme serait a priori responsable du harcèlement subi.
Le 7 novembre, Radhia Nasraoui inscrit le sexisme dans un processus plus ample, celui de l’infraction, la corruption, la contrebande, la clandestinité, le narcotrafic et l’ensauvagement. A son retour de l’école, son fils, âgé de 12 ans, rencontre un garnement qui lui dit: « Donne ton argent ». L’écolier répond « Je n’en ai pas ». En manque de zatla, ce voyou lui arrache ses lunettes de vue, les brise, attrape une barre de fer accrochée à son dos et lui assène un coup en pleine figure, entre l’œil et le nez. Le sang se met à gicler. Face à l’ignominie des sbires, faut-il pleurer ou rire ? En 1534, dans « Gargantua », Rabelais disait : « Rire est le propre de l’homme ». Partout, les salauds rigolent devant la saloperie impunie. La séparation des sexes favorise le refoulement, fondateur du harcèlement. En l’an 1670 dans ses “Pensées”, Blaise Pascal écrivait : « L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête ».
Aujourd’hui, la pétition soulève une problématisation. Réclamer une séparation spatiale des sexes réagit, à juste titre, contre la systématisation du harcèlement. Mais eu égard au féminisme bourguibiste, il s’agit là d’une régression traditionnaliste et machiste. Que faire ?
Au lieu de reculer, mieux vaut avancer. Comment ?

La réponse va de soi. L’éducation seule peut aboutir à la solution. Le voyou harcèle mais l’homme de qualité préfère aimer. Avec l’institution du CSP, libérateur de la féminité, voilà pourquoi le grand Combattant dégage la voie royale établie entre le réel et l’idéal. Sur le parcours, semé d’embûches, les pesanteurs du passé contraignent les réformateurs à ramer contre vents et marées. Quand Bourguiba, alors chef du gouvernement sous Lamine Bey, institua le CSP, dès 1956, le Mufti de la République, Jaïet, et le Cheikh Ennaïfer désapprouvèrent le texte libérateur des femmes et abrogateur de la polygamie.

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