L’acteur, réalisateur et metteur en scène palestinien Mohamed Bakri est décédé ce mercredi 24 décembre 2025 à l’âge de 72 ans, des suites d’une longue maladie.
Palestinien détenteur de la citoyenneté israélienne, Mohammad Bakri était l’une des voix artistiques les plus marquantes de la scène culturelle palestinienne. Sa carrière, riche et controversée, s’est construite à la croisée du théâtre, du cinéma et de l’engagement politique, faisant de son œuvre un espace de confrontation directe avec les récits dominants du conflit israélo-palestinien.
Né en 1953 dans le village de Bi‘ina, en Galilée, Bakri s’est imposé dès les années 1980 comme l’un des pionniers du cinéma palestinien en Israël. Son parcours artistique est indissociable de son engagement en faveur de la cause palestinienne, un positionnement qui l’a régulièrement placé en conflit avec les autorités israéliennes et l’a exposé à de multiples pressions politiques et judiciaires.
Acteur prolifique, Mohamed Bakri a participé à des dizaines de productions palestiniennes, tout en apparaissant dans plusieurs films israéliens de premier plan. Son talent lui a également ouvert les portes du cinéma international : il a collaboré avec le réalisateur franco-grec Costa-Gavras, les cinéastes italiens Paolo et Vittorio Taviani, et a fait une apparition remarquée dans la troisième saison de la série française à succès Le Bureau des légendes.
La reconnaissance critique lui est venue très tôt, notamment grâce à son rôle dans le film Derrière les murs (Behind the Walls, 1984) d’Ouri Barabash, dans lequel il incarnait un prisonnier palestinien dans une prison israélienne — une performance saluée tant par la critique locale qu’internationale.
Mais c’est surtout son documentaire “Jenin, Jenin” (2002) qui a fait de Mohamed Bakri une figure mondialement connue et profondément controversée. Réalisé après l’offensive sioniste contre le camp de réfugiés de Jénine, en Cisjordanie occupée, le film donne la parole aux habitants du camp et documente ce que le réalisateur présentait comme des crimes de guerre. L’œuvre a suscité de vives réactions en Israël, donnant lieu à près de vingt années de procédures judiciaires, avant d’être interdite de diffusion en 2022 par la Cour suprême israélienne, qui l’a jugée « diffamatoire ».
Malgré cette interdiction, “Jenin, Jenin” a été projeté à l’international et a remporté plusieurs distinctions, devenant un symbole du cinéma documentaire engagé et du débat sur la liberté d’expression dans les contextes de conflit.
Au-delà de ce film emblématique, Mohamed Bakri a réalisé plusieurs autres documentaires consacrés à la condition des Palestiniens citoyens d’Israël, contribuant à faire émerger un regard critique et rarement entendu sur leur réalité sociale et politique.
Sur le plan personnel, Mohamed Bakri était père de six enfants, dont trois acteurs, parmi lesquels Saleh Bakri, aujourd’hui l’un des visages les plus reconnus du cinéma arabe contemporain. Le père et le fils ont partagé l’affiche à plusieurs reprises, illustrant une transmission artistique et politique au sein de la famille.
La disparition de Mohamed Bakri marque la perte d’un acteur et cinéaste profondément engagé, dont l’œuvre continuera de nourrir les débats sur le rôle de l’art, de la mémoire et du témoignage dans les zones de conflit, bien au-delà des frontières palestiniennes.
Sources : https://www.raialyoum.com/ https://www.swissinfo.ch/