Après huit longues années d’attente, la station de dessalement d’eau de mer de Sidi Abdelhamid, à Sousse, vient enfin de devenir opérationnelle. Un aboutissement qui clôt un chantier jalonné de contretemps : différends avec le consortium chargé de la réalisation, échéances sans cesse repoussées, phases d’essais qui n’en finissaient plus. Autant de retards qui ont laissé la région dans l’expectative, année après année.
Cette mise en service est d’autant plus attendue que le Sahel a vécu, ces dernières saisons, des étés cauchemardesques. Sécheresse persistante, demande en hausse et ressources conventionnelles en recul se sont conjuguées pour provoquer des coupures d’eau potable à répétition, parfois prolongées sur plusieurs jours, dans les gouvernorats de Sousse, Monastir et Mahdia. Pour les familles comme pour les commerces, les hôtels et les artisans, ces interruptions ont été une source constante de désagrément, de tension et de perte d’activité, en particulier en période estivale, lorsque la consommation atteint son pic. L’entrée en service de la station représente ainsi un véritable soulagement.
Un choix stratégique qui doit passer aux énergies renouvelables

Mohamed Salah Glaïed : le dessalement reste « très gourmand »
Interrogé par Réalités Online, l’ingénieur et expert en ressources en eau Mohamed Salah Glaïed estime que la mise en service de cett station de aura un effet direct et immédiat sur l’approvisionnement de la région, tout en assortissant ce constat de quelques réserves.
Selon lui, le recours au dessalement de l’eau de mer et des eaux saumâtres s’impose aujourd’hui comme un choix stratégique, dicté par la succession des années de sécheresse et par une demande en constante augmentation, notamment en eau potable. Il devenait nécessaire de diversifier les sources et de se tourner progressivement vers les ressources non conventionnelles. La station devrait ainsi atténuer le déficit dans le Sahel, à l’image de ce qu’a permis celle de Sfax l’an dernier.
L’expert rappelle que l’eau dessalée ne sera pas distribuée telle quelle : comme l’a précisé le PDG de la SONEDE, elle sera mélangée à l’eau du Nord ou à des eaux souterraines pour répondre aux normes internationales de potabilité. Ce mélange devrait, d’après lui, rendre la différence imperceptible pour le consommateur. Il s’agira donc d’une eau SONEDE ordinaire, utilisable pour tous les usages, à l’exception de l’irrigation, qu’il juge peu défendable sur le plan éthique au regard du coût supporté par la collectivité pour produire chaque mètre cube d’eau potable.
Sur le plan énergétique, Glaïed souligne que le dessalement reste « très gourmand », l’énergie représentant environ 40 % du coût de production d’un mètre cube. Accélérer la transition vers les énergies renouvelables constitue, à ses yeux, le principal défi.
Il s’appuie sur les orientations de l’étude « Eau 2050 », qui prévoit de diversifier les sources de production d’eau potable, d’adopter les énergies alternatives dans le secteur de l’eau et de porter la part des eaux usées traitées réutilisées de 10 % aujourd’hui à 50 % d’ici 2050, un objectif qu’il juge réalisable. Il ajoute que l’innovation et la recherche pourraient aussi alléger les coûts, en particulier ceux des équipements tels que les filtres et les membranes.
Et l’expert de conclure que la soif entraîne des conséquences lourdes, d’autant plus à l’heure du développement et du confort moderne.