La scène culturelle, intellectuelle et universitaire tunisienne est en deuil suite à la disparition, ce mercredi 20 mai, de l’écrivaine, poétesse et chercheuse Naïma Riahi, une triste nouvelle partagée avec émotion par la romancière Omezzine Ben Cheikha.
Femme de lettres profondément engagée et observatrice attentive des mutations de son époque, Naïma Riahi a voué sa vie à la puissance des mots, à l’enseignement et à la défense des valeurs humanistes.
A travers ses écrits littéraires et ses recueils de poésie, elle a su dépeindre avec une sensibilité rare la complexité de l’âme humaine, l’évolution de la condition des femmes et les aspirations profondes d’une Tunisie en perpétuelle quête d’elle-même.
Sa plume, reconnue pour sa fluidité et sa force percutante, refusait les compromis dogmatiques tout en restant habitée par une immense empathie pour ses contemporains.
Au-delà de sa sensibilité poétique, Naïma Riahi, également connue sous son nom d’épouse Naïma Riahi Zoghbi, était une figure académique majeure. Agrégée et docteure en philosophie de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis, elle a partagé son savoir et sa passion en tant que maître-assistante à l’Université du Centre à Kairouan, puis au sein de l’Institut Préparatoire aux Études Littéraires et des Sciences Humaines de Tunis.
Ses recherches pointues ont grandement contribué à l’analyse de la philosophie continentale contemporaine en Tunisie. Spécialiste reconnue de la pensée de Michel Foucault, elle est l’auteure d’ouvrages de référence, notamment son étude approfondie intitulée « Michel Foucault : Subjectivité, Pouvoir, Éthique » publiée chez L’Harmattan. Dans ce travail, elle explore avec brio comment l’être humain, bien qu’inséré dans des structures de pouvoir, peut reconquérir sa liberté à travers l’éthique et le souci de soi. Elle a poursuivi cette réflexion à travers d’autres publications marquantes comme « Michel Foucault : Modernité et Actualité » aux Éditions Sahar et « Les transformations de l’hégémonie coloniale et la formation des identités et des frontières” (Horizons Editions).
Dans ses écrits, elle invite à dépasser la simple chronique des chutes de régimes pour observer ce qui s’est joué au cœur même de l’humain. Pour elle, le « Printemps arabe » est avant tout une immense entreprise de réappropriation de soi. En s’inspirant des notions de biopouvoir et de contrôle des corps, elle analyse comment les citoyens, soumis pendant des décennies à des structures de domination étouffantes, ont soudainement brisé les mécanismes de la peur. La révolution devient alors le théâtre d’une transformation éthique : l’individu n’est plus un sujet passif façonné par le pouvoir, mais un acteur qui revendique sa propre subjectivité et sa liberté.
Paix à son âme.
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