Normalisation avec Israël : La criminalisation à l’ordre du jour

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Les deux attaques aux drones dans les eaux tunisiennes, l’arraisonnement illégal dans les eaux internationales de la flottille humanitaire pour Gaza et les arrestations suivies de détention des militants pour la paix dans le désert du Naqab ne sont pas passés sans conséquence remarquable. Outre les mouvements de contestations, un ancien projet de loi sur la criminalisation de la normalisation avec l’entité sioniste a été sorti des tiroirs par un groupe de parlementaires qui ont décidé de relancer le débat sur un sujet hautement sensible, promettant, cette fois, de le mener à terme au Parlement. L’objectif du débat parlementaire suspendu depuis 2023 : condamner la normalisation à de lourdes peines d’emprisonnement jusqu’à la perpétuité pour haute trahison. Un sujet désormais de grande actualité en lien avec les « Accords d’Abraham » figurant parmi les 21 points du plan de paix du président américain Donald Trump.

 Les nouvelles parvenues du désert du Naqab (territoires occupés) étaient inquiétantes pas seulement pour les Palestiniens, mais pour les militants internationaux de la paix (plus de 40 nationalités) détenus illégalement par l’armée sioniste après l’arraisonnement illégal dans les eaux internationales de la flottille humanitaire “Al Soumoud” les 1er et 2 octobre, parmi eux 25 Tunisiens. Les nouvelles parvenant de la prison où ils ont été détenus – témoignages de prisonniers en captivité ou libérés auprès d’avocats et de diplomates quand les visites sont permises ou de médias – parlaient de mauvais traitements, de privation d’eau et de nourriture, d’insultes, d’humiliations, d’agressions physiques, sans doute une partie infime de ce que le monde entier sait au sujet du traitement inhumain des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes et qui a été rapporté et dénoncé par les Palestiniens depuis plus de 70 ans d’occupation. De quoi faire monter la colère des Tunisiens unis autour de la cause palestinienne et du soutien indéfectible au peuple palestinien occupé, opprimé. 

Sursaut national
Après avoir soutenu vent debout le départ de la flottille vers Gaza, accompagné en masse les militants de la paix tunisiens jusqu’à leurs bateaux qui ont mis les voiles de Tunis et de Bizerte et suivi mile par mile leur progression dans les eaux méditerranéennes, les Tunisiens se sont mobilisés dans un sursaut national contre l’interception de la flottille et l’arrestation de ses militants par l’armée sioniste. Marches imposantes dans les rues de Tunis et des villes intérieures, sit-in aux alentours de l’ambassade américaine à Tunis et remise à plat du projet de loi anti-normalisation avec l’entité sioniste en vue de bloquer en amont ce que les sionistes appellent les « Accords d’Abraham », un des 21 points du « plan de paix » proposé par le président américain Donald Trump.
Le plan de Trump qui ressemble davantage à un plan de capitulation de la résistance palestinienne et la normalisation avec l’entité sioniste ne font pas l’unanimité dans le monde arabo-musulman. La question est, en tout cas, loin de faire l’unanimité en Tunisie. Les pionniers (pays arabes) dans cette affaire se sont toujours enorgueillis d’avoir fait le bon choix pour, d’une part, aider la cause palestinienne et pour, d’autre part, activer l’essor socio-économique de leurs propres pays eu égard aux promesses juteuses en investissements liées à la normalisation. L’expérience s’est avérée bien décevante au moins dans deux cas : le soulèvement des jeunes Marocains à l’appel d’un collectif GenZ212 pour revendiquer leurs droits élémentaires à l’éducation, à la santé, à l’emploi, à la dignité prouve en première lecture que le royaume n’a pas profité économiquement de sa normalisation. En tant qu’observateur, il faut s’interroger en quoi la normalisation a été rentable au Maroc. Puis, l’attaque israélienne aux missiles de la capitale du Qatar, Doha, sous prétexte de viser les négociateurs du Hamas, tandis que l’émirat du Golfe, qui joue le rôle de médiateur dans les négociations indirectes entre Palestiniens et Israéliens, abrite le Commandement central américain au Moyen-Orient avec, croit-on savoir, 8000 soldats américains. La protection militaire américaine, censée être assurée à l’émirat, ne fonctionnerait-elle pas quand l’agresseur est Israël, son protégé pour lequel Donald Trump fait le marketing des Accords d’Abraham ?
Ce débat existe dans tous les pays arabes et musulmans, normalisés ou non. La normalisation vaut-elle la peine quand Israël défie le monde entier et bénéficie de l’impunité totale alors qu’il semble dire à la face du monde « après moi le déluge » ? 

Reprise du projet de loi suspendu en octobre 2023
En Tunisie, la réflexion peut aller plus loin jusqu’à remettre en question la solution des deux Etats, une position en phase avec celle du président Kaïs Saïed qui prône : il n’y a que la Palestine de la mer (Méditerranée) à la rivière (Le Jourdain). En octobre 2023, quelques jours après l’attaque du 7 octobre, une proposition de loi est adoptée par la Commission des droits et des libertés de l’Assemblée des représentants du peuple. Le texte en question, une version durcie d’un précédent texte présenté en juillet 2023 sous l’effet de la guerre, porte sur la criminalisation de toute forme de normalisation avec l’entité sioniste : communication, contact « direct ou indirect », coopération, participation à des événements de tout genre avec l’entité ou sur son territoire. Le projet de loi, qui a suscité de vifs débats, prévoit de lourdes peines de prison allant jusqu’à la condamnation à perpétuité pour « haute trahison ». Présentée comme l’expression du soutien indéfectible à la cause palestinienne, cette proposition de loi a, tout de même, soulevé nombre de questions et d’inquiétudes en lien avec la liberté d’expression et d’autres aspects plus complexes. La séance plénière du 2 novembre consacrée à l’examen du projet de loi sur la criminalisation de la normalisation a été levée sans avoir examiné tous les articles du texte proposé et n’a plus été reprise. En 2024, une autre initiative tente de relancer le débat, elle consiste en la proposition d’un amendement du Code pénal. La proposition de loi porte sur l’ajout d’un sixième paragraphe à l’article 61 du Code pénal pour introduire « l’interdiction de toute normalisation avec l’entité sioniste ». Mais cette nouvelle disposition demeure floue et sans réel impact.
Le projet de loi anti-normalisation a été ressuscité par la flottille d’“Al Soumoud”. L’arrogance de l’entité sioniste n’a pas de limites si bien que, devant l’incapacité des gouvernements à faire face à Netanyahu et ses ministres d’extrême droite radicale, les peuples et leurs représentants locaux ont pris l’initiative de leur dire : « Stop génocide » à Gaza. Pas qu’avec les paroles. Plus de 400 députés, médecins, journalistes, activistes, avocats, artistes, étudiants et autres ont traversé les eaux méditerranéennes et les ports des deux rives pour tenter de briser le blocus de Gaza et faire parvenir des aides (lait pour enfants, médicaments…) pour la population gazaouie en proie à l’épuration ethnique et à la famine.  Même le plan de paix de Donald Trump n’a pas tempéré la colère et la ferveur des populations des cinq continents debout d’une seule voix contre le massacre des Palestiniens. Un plan mi-figue mi-raisin qui n’a aucune chance d’aboutir à une paix durable au Moyen-Orient. Les militants séquestrés par les autorités israéliennes ont commencé à être libérés mais la colère ne baisse pas pour autant, toutes les capitales occidentales sont prises d’assaut par des manifestants jeunes et moins jeunes pour dénoncer le génocide à Gaza et appeler leurs dirigeants politiques, complices du massacre, à la démission.
En Tunisie, la mobilisation est partout, dans la rue, dans les réseaux sociaux et bientôt au Parlement. La colère est telle qu’après les arrestations des militants de la flottille, des internautes ont appelé sur les réseaux sociaux à interdire aux juifs étrangers l’accès à la Ghriba pour le pèlerinage l’an prochain. « Il faut faire pression sur les sionistes, c’est tout ce qu’on peut faire pour aider nos frères palestiniens », dit l’un d’entre eux.

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