La Tunisie traverse, selon l’Observatoire social tunisien, un trimestre marqué par une tension sociale et politique accrue. Les protestations se multiplient, dans la rue comme sur les réseaux numériques, devenant le principal langage citoyen pour exprimer frustration, mécontentement et exigence de réponses concrètes face aux difficultés économiques et sociales.
L’Observatoire souligne que ce climat de tension s’accompagne d’une augmentation inquiétante du désespoir individuel. Dix-huit cas de suicide ou de tentative ont été recensés, principalement chez de jeunes hommes issus de milieux précaires, traduisant ce que l’Observatoire qualifie de “protestation silencieuse”. Les violences physiques et symboliques se sont également intensifiées, particulièrement dans les quartiers défavorisés et les zones rurales.
Le troisième trimestre a également été marqué par une mobilisation citoyenne intense. Selon l’Observatoire, Tunis concentre le plus grand nombre de mouvements (339), suivie de Gafsa (150), Gabès (138) et Nabeul (83). Les travailleurs et fonctionnaires restent les acteurs principaux (403 actions), suivis des habitants, des syndicats et des militants associatifs, tandis que enseignants, chauffeurs, diplômés chômeurs, parents et étudiants participent également aux mobilisations.
En matière de revendications, l’Observatoire précise que plus de la moitié des actions portaient sur des questions socio-professionnelles : titularisation, régularisation des statuts, paiement des salaires, amélioration des conditions de travail et lutte contre le travail précaire. Les mobilisations civiles représentaient 25 % des mouvements, centrées sur la défense des libertés, des droits des femmes et le soutien à la Palestine. Les protestations environnementales (10 %) concernaient la pollution industrielle (notamment à Gabès. NDLR) et les coupures d’eau, en particulier dans le sud du pays.
Le mois de septembre a été particulièrement actif, avec 635 actions, après un ralentissement estival classique (357 en juillet, 323 en août). L’Observatoire attribue ce pic à la rentrée scolaire et à la reprise de l’activité politique, qui accentuent les tensions sociales.
Par ailleurs, l’Observatoire rapporte la participation tunisienne à la Flottille Al Soumoud pour briser le blocus de Gaza. Malgré l’arrestation de 28 participants tunisiens, les actions de solidarité se sont poursuivies, illustrant le caractère humanitaire et symbolique des mobilisations.
Au total, l’Observatoire social tunisien recense 1 316 mouvements de protestation au troisième trimestre, soit presque le double des chiffres de 2024 (752) et 2023 (680). Cette augmentation confirme le retour du protestataire comme principal moyen d’expression citoyenne et met en lumière le mécontentement persistant face aux promesses non tenues et aux tensions sociales structurelles.