L’été 2026, qui n’est qu’à mi-parcours, sera inscrit dans les annales des étés les plus chauds jamais enregistrés et les plus coûteux. Sans eau, sans électricité et avec un nombre effarant d’incendies de forêt et d’hectares ravagés, des foyers et des familles sinistrés. Le plus inquiétant, désormais, c’est ce que nous réservent l’avenir, les étés prochains. Toutes les études climatologiques ont prévu une augmentation continue de la température terrestre et des étés de plus en plus chaotiques. Qu’allons-nous décider et faire pour les affronter efficacement ? Nous nous sommes interrogés sur ces mêmes colonnes sur le bilan des innombrables coupures de l’électricité en termes d’impact sur les secteurs d’activité économique et sur l’économie nationale. Il est désastreux. L’Utica, l’Utap, les hôteliers, les pêcheurs, les agriculteurs, les commerçants, les pharmaciens, les hôpitaux…ont tous tiré la sonnette d’alarme et fait part de leur frayeur auprès des médias ou sur les réseaux sociaux.
Les communiqués de la STEG annonçant chaque jour des séries de coupures du courant sur l’ensemble du territoire national ne suffisent pas à calmer la détresse, ils sont, au contraire, le signe que la situation est hors de contrôle et qu’aucune solution n’est envisageable à court terme. Qu’en sera-t-il l’an prochain ? Devrons-nous nous contenter d’être à chaque fois surpris de l’ampleur des dégâts et subir ? Les experts internationaux du climat ont prévenu, depuis très longtemps, que l’effet du dérèglement climatique sera apocalyptique si rien n’est fait pour inverser la situation. La région de l’Afrique du Nord, en particulier, est désignée comme l’un des « points chauds » du réchauffement mondial où « les températures grimpent plus vite qu’ailleurs ». En Tunisie, le nombre de journées et de nuits caniculaires a quasiment doublé depuis les années 1970 et les prévisions de l’Institut national de la météorologie sont alarmantes : +1,9°c à 2,1°c d’ici à 2050 et jusqu’à +4°c en fin de siècle. Ce ne sont là que des prévisions mais ce sont les prolongements de la situation que nous commençons à vivre dans notre chair.
L’erreur fatale à éviter est celle de croire que 2050 n’est pas demain ni dans un an et que la fin du siècle relève de l’hypothétique. Cette erreur a été commise par les précédents dirigeants de la planète qui n’ont pas cru aux projections des climatologues, ceux du GIEC en l’occurrence. A voir les dégâts environnementaux, économiques, sanitaires et sociaux que sont capables d’engendrer les bouleversements climatiques, la tâche est ardue et le retard à rattraper très long. Les climatologues prévoient une montée des eaux marines qui pourraient effacer des villes et des régions entières de la carte du monde, des épisodes pluvieux plus rares mais plus violents, des inondations et des incendies de forêt et de champ de cultures plus destructeurs. Et la technologie aussi sophistiquée soit-elle n’y pourra rien, on a vu l’Europe elle-même paralysée par le dôme de chaleur qui l’a frappée. Pas de trains, pas d’avions, entreprises et usines à l’arrêt, des décès par centaines plus que par le passé, des récoltes perdues, des forêts emblématiques ravagées (Fontainebleau, France). Que compte, donc, faire notre Etat, dès aujourd’hui ? On ne demande pas à une population de se serrer la ceinture sans lui dire pourquoi, comment et jusqu’à quand. L’inertie du gouvernement est problématique. Elle est perçue comme le signe d’une crise incontrôlée et de l’incapacité à rassurer le citoyen.
Les solutions existent tout comme les compétences tunisiennes qui n’attendent qu’à agir, à se rendre utiles. Nous avons besoin de volonté politique et de politiques publiques claires et précises pour tracer notre avenir économique et social et pour nous épargner le calvaire que nous vivons cet été. Il nous faut des stratégies et des financements pour nous sortir de l’impasse de l’eau et de l’électricité, pour rénover les réseaux publics vieillissants, pour préserver les forêts des incendies. Cela suppose une mobilisation pour investir massivement dans le solaire et l’éolien, repenser les modes de production, de distribution et de consommation de l’énergie et de l’eau et sensibiliser le citoyen à une consommation rationnelle de l’électricité et de l’eau potable. Loin de tout acharnement à trouver des boucs émissaires, à jeter l’opprobre sur de prétendus « saboteurs » ou à diaboliser les premiers bâtisseurs de la nation.
Les temps ne sont plus à la politique de l’autruche qui a mené le pays au bord du black-out. Toutefois, la souveraineté nationale n’est pas que l’affaire de l’Etat, elle suppose un comportement citoyen responsable et engagé. Peut-on continuer à consommer l’eau et l’électricité comme si elles étaient illimitées, tout en exigeant que l’Etat règle seul le problème ? La sobriété ne doit pas être un slogan qu’on ressort en période de pénurie, c’est, désormais, une responsabilité.