Depuis plusieurs jours, les réseaux sociaux se font l’écho de messages d’alerte et d’appels à l’aide : le Levothyrox, traitement indispensable pour les personnes souffrant de troubles de la thyroïde, est en rupture quasi-totale dans les pharmacies un peu partout à travers la République.
La thyroïde, c’est le moteur du corps
La glande thyroïde joue un rôle central dans le fonctionnement de l’organisme. Lorsqu’elle est défaillante, les malades doivent recourir à un traitement substitutif quotidien. Le Levothyrox est alors vital : il permet au cœur de battre normalement, au métabolisme de rester équilibré et au patient de mener une vie presque ordinaire.
Sans ce médicament, tout se dérègle. Fatigue intense, perte d’énergie, essoufflement, chute de cheveux, troubles cardiaques… Au-delà de l’inconfort, c’est la santé et parfois la vie qui est en jeu. « Imaginez un moteur sans carburant : tout s’arrête. C’est ce qui arrive dans le corps sans Levothyrox », résume une malade sur Facebook.
Partout, les témoignages se multiplient. Des patients racontent leurs tournées épuisantes de pharmacie en pharmacie, à la recherche d’une boîte introuvable. « Je ne parviens même plus à passer une journée normale sans mon traitement. Comment a-t-on pu en arriver à une rupture totale ? » s’interroge une jeune femme atteinte d’hypothyroïdie.
Il convient de noter que la rupture du Levothyrox n’est pas un cas isolé. Durant ces dernières semaines, la Tunisie connaît des pénuries récurrentes de médicaments, touchant parfois des traitements vitaux. Selon le Syndicat des propriétaires de pharmacies privées, la crise touche également des traitements essentiels contre le diabète, certains cancers et l’épilepsie. « 90 % de ces médicaments n’ont aucun substitut disponible sur le marché tunisien » a alerté la vice-présidente du Syndicat des propriétaires de pharmacies privées, Molka Al Moudir, soulignant que la rupture de certains produits vitaux place les malades dans une situation particulièrement critique.
Pour la responsable, les causes sont multiples : retards de paiement de la Pharmacie centrale liés aux difficultés financières des caisses sociales, problèmes d’importation et de matières premières, mais aussi désengagement de laboratoires internationaux. Elle plaide pour la mise en place d’un système d’alerte précoce, l’implication de toutes les parties prenantes dans le suivi des stocks, ainsi que le renforcement de la production locale de génériques.
Face à la colère et à l’inquiétude, le ministère de la Santé a présenté un plan national pour garantir l’approvisionnement continu en médicaments essentiels. Le ministre de la Santé, Dr Moustapha Ferjani, a présidé une réunion de travail consacrée à ce dossier. Parmi les mesures annoncées : la création d’une plateforme d’alerte précoce à la Pharmacie centrale, l’obligation pour les fabricants de déclarer leurs stocks, un meilleur suivi avec les laboratoires et une campagne nationale de sensibilisation à l’usage des génériques.
Le ministère a appelé médecins et pharmaciens à rationaliser leurs prescriptions et à privilégier l’usage du nom scientifique plutôt que commercial. Objectif affiché : garantir le droit d’accès des citoyens aux traitements essentiels et mettre un terme au phénomène des pénuries récurrentes.
Mais ce communiqué a été perçu d’un mauvais œil par une partie de l’opinion publique et des patients, qui y ont vu une volonté implicite de restreindre l’accès aux traitements. Face à la polémique, le ministère a publié, trois jours plus tard, un nouveau communiqué afin d’apporter des clarifications. Il a insisté sur le fait que sa stratégie repose sur trois piliers : préserver le stock stratégique, encourager la prescription de médicaments génériques et garantir l’accès de tous aux traitements nécessaires. Il a rappelé que la rationalisation de l’usage des médicaments est une pratique internationale visant à améliorer l’efficacité des traitements, et non à priver les patients de soins. « Il n’a jamais été question de restreindre l’accès aux soins », a assuré le ministère, appelant à ne pas céder aux fausses informations susceptibles de saper ses efforts pour consolider le système pharmaceutique.
Malgré ces annonces, la défiance persiste. Pour les citoyens souffrant de maladies chroniques, chaque jour sans traitement est une épreuve. Ils redoutent que ces promesses restent lettre morte, comme souvent dans le passé. En attendant, les appels à l’aide continuent de se multiplier, rappelant une évidence : la maladie ne fait pas de pause, et les patients n’ont pas le luxe d’attendre.