L’escalade militaire au Moyen-Orient vient de propulser les cours du pétrole à des niveaux inédits depuis plus d’un an. Le baril de Brent a franchi vendredi la barre des 93,86 dollars, enregistrant une progression de près de 10 % sur la semaine. Il s’agit de son plus haut niveau depuis avril 2024. De son côté, le West Texas Intermediate a bondi de plus de 13 % pour s’établir à 91,88 dollars les 159 litres, au moment de la mise sous presse. Les différentes progressions marquent la plus forte hausse hebdomadaire depuis la semaine du 3 avril 2020, au plus fort de la pandémie de Covid-19. Avant le déclenchement des hostilités, le baril évoluait autour de 72,50 dollars. La hausse dépasse donc les 25 % en quelques jours.
Le spectre de l’arrêt des extractions
L’envolée observée s’explique par des perturbations concrètes sur le terrain. Le Koweït a commencé à réduire sa production sur certains gisements, faute d’espace de stockage disponible. Par ailleurs, les capacités de stockage en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis pourraient être saturées d’ici vingt jours, selon les estimations des consultants spécialisés. Si cette situation devait se confirmer, les plus grands producteurs mondiaux seraient contraints d’interrompre l’extraction, une opération coûteuse et longue à inverser. Qui plus est, le ministre de l’Énergie du Qatar a prévenu que si la guerre se poursuivait, tous les exportateurs du Golfe pourraient cesser leur production en quelques semaines, entraînant un baril à 150 dollars. Le Qatar représente à lui seul 20 % des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié.
La situation se complique davantage avec les menaces pesant sur le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux. Le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien a menacé de s’en prendre à tout pétrolier occidental tentant d’emprunter cette voie. Depuis le début des frappes contre l’Iran le 28 février, au moins neuf navires ont été attaqués dans le Golfe. D’après les données disponibles, pas moins de 600 navires se trouvent actuellement dans la zone, dont 195 pétroliers et 15 méthaniers. En dépit des annonces de l’administration américaine proposant une escorte militaire et une assurance aux navires, le marché reste sceptique. Les investisseurs redoutent une perturbation prolongée des approvisionnements.
Vers un baril à 150 dollars ? L’avertissement du Qatar
D’autre part, le Qatar a prévenu que même en cas d’arrêt immédiat du conflit, la reprise complète des exportations de GNL prendrait des semaines, voire des mois. Un terminal majeur a été endommagé par une frappe de drone iranienne, compromettant les capacités d’exportation de l’émirat. Par conséquent, les prix du gaz ont grimpé sur les marchés européens et britanniques. La Grande-Bretagne ne dépend du Qatar que pour 2 % de son approvisionnement total en gaz, mais les prix ont atteint leur plus haut niveau depuis trois ans. Cette flambée s’explique par la crainte d’une concurrence accrue entre acheteurs européens et asiatiques pour les cargaisons disponibles.
Cette flambée des prix de l’énergie n’est pas sans conséquence pour les pays importateurs d’or noir, à l’image de la Tunisie. La hausse du baril se traduit mécaniquement par un alourdissement de la facture énergétique nationale. Celle-ci pèse directement sur la balance commerciale et sur les réserves en devises. En plus de cela, l’inflation importée risque de s’accélérer, alors que le pouvoir d’achat des ménages reste fragilisé. Le renchérissement des carburants agit comme un levier sur l’ensemble des prix : transport, produits alimentaires, biens de consommation courante.
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