Les importantes précipitations enregistrées au cours des deux derniers jours dans plusieurs régions du pays suscitent un optimisme prudent quant au déroulement de la saison agricole en Tunisie. Dans un entretien accordé à Réalités Online, l’ingénieur et expert en ressources en eau Mohamed Salah Glaïed a affirmé que la campagne agricole s’annonce globalement prometteuse, malgré une répartition inégale des pluies sur le territoire national.
Mohamed Salah Glaïed
Selon l’expert, les quantités de précipitations relevées durant cette période ont dépassé les moyennes saisonnières dans de nombreuses régions, notamment à Bizerte, Nabeul, dans le Centre-Est ainsi que dans les gouvernorats de Zaghouan et Sfax. Une situation favorable qui devrait avoir des retombées positives sur les cultures.
Au-delà de l’impact agricole immédiat, Mohamed Salah Glaïed souligne que ces pluies devraient également contribuer à l’amélioration progressive du niveau des nappes phréatiques. La stagnation des eaux dans certaines zones facilitera leur infiltration naturelle, favorisant ainsi l’alimentation des nappes souterraines au cours des prochains jours.
Toutefois, l’expert attire l’attention sur un déséquilibre majeur dans la répartition spatiale des précipitations. « Malgré leur importance — dépassant les 200 mm dans certaines régions — ces pluies restent peu bénéfiques pour les grands barrages », explique-t-il. En cause, le fait que les principales précipitations aient été enregistrées en dehors des bassins versants alimentant les grands ouvrages hydrauliques, notamment les barrages stratégiques de Sidi Salem et de Mellègue. A titre d’exemple, le barrage de Sidi Salem n’a enregistré que 6 mm de pluie, un apport jugé insignifiant au regard de son rôle crucial dans l’approvisionnement en eau du pays.
Dans ce contexte, les apports aux barrages demeurent, jusqu’à présent, relativement limités, à l’exception de ceux situés au Cap Bon. Dans cette région, bien que n’étant pas encore significative, l’amélioration des niveaux reste notable. Mohamed Salah Glaïed attribue cette évolution aux fortes précipitations enregistrées localement, avec 166 mm à Takelsa, 173 mm à Korba et 160 mm à Menzel Bouzelfa. Le barrage d’Oued Erremel, dans le gouvernorat de Zaghouan, a également bénéficié de pluies estimées à 149 mm.
S’agissant des barrages du Nord, l’expert indique que l’attention reste portée sur les pluies attendues au cours de la journée du 20 janvier. Ces précipitations pourraient, selon lui, apporter des nouvelles encourageantes, notamment dans les régions de Tabarka et d’Aïn Draham, connues pour leur rôle clé dans l’alimentation des barrages.
Abordant la question plus large de la gestion des ressources hydriques, Mohamed Salah Glaïed plaide pour une révision des stratégies actuelles, à la lumière de l’évolution du régime des précipitations. La concentration croissante des pluies en dehors des bassins versants des grands barrages impose, selon lui, l’adoption d’approches alternatives et durables, capables de mieux valoriser ces volumes d’eau souvent perdus.
Parmi les solutions avancées figurent la recharge artificielle des nappes phréatiques et le stockage souterrain des eaux pluviales. Ces techniques permettraient de capter l’excédent des précipitations et d’en assurer une exploitation durable. L’expert insiste également sur l’importance de l’intégration des énergies renouvelables, qui pourraient faciliter les opérations de pompage et de transfert des eaux vers les zones favorables à la recharge artificielle.
Dans un contexte marqué par le stress hydrique et les effets du changement climatique, la recharge artificielle des nappes apparaît ainsi comme une alternative stratégique, en particulier dans les régions disposant de conditions géologiques adaptées. Une solution durable qui pourrait contribuer à renforcer la sécurité hydrique du pays face aux défis actuels et futurs.