Pluies records et inondations : tout ce qu’il faut savoir sur la tempête « Harry » en Tunisie

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La Tunisie connaît depuis la nuit dernière et jusqu’à aujourd’hui une situation météorologique exceptionnelle, marquée par de fortes précipitations ayant touché la majorité des régions du pays, en particulier les zones côtières et le nord. Ces pluies ont provoqué des inondations soudaines et une paralysie partielle dans plusieurs grandes villes. Ces perturbations coïncident avec la tempête dite « Harry », un phénomène méditerranéen intense qui a affecté plusieurs pays du bassin méditerranéen avant d’atteindre la Tunisie.

Une tempête méditerranéenne, et non un cyclone tropical

Selon l’expert en développement et en gestion des ressources, Houcine Rahili, les précipitations récentes relèvent des tempêtes méditerranéennes, caractérisées par de violents orages et des impacts marqués sur les régions côtières. Cela explique la concentration des pluies, depuis samedi, sur le Grand Tunis, le golfe de Hammamet, Nabeul, Sousse, Monastir et Mahdia, avant leur extension vers Sfax et un impact partiel sur le golfe de Gabès.

L’Institut national de la météorologie précise que cette situation résulte d’une dépression atmosphérique profonde accompagnée de courants d’air froids, interagissant avec un taux d’humidité élevé au-dessus de la mer Méditerranée. Cette configuration a favorisé la formation de cellules orageuses actives et de pluies abondantes sur de courtes périodes, ainsi que de vents forts dus aux contrastes de pression atmosphérique.

De grandes quantités en un laps de temps très court

Des quantités record de pluie ont été enregistrées ces dernières heures dans plusieurs régions : environ 80 mm à Grombalia, jusqu’à 121 mm dans certaines zones de Monastir, et près de 80 mm à Sfax en seulement trois à quatre heures. Cette situation a entraîné une quasi-paralysie de la ville jusqu’aux environs de 11 heures du matin. Des décès ont également été signalés à Enfidha et à Monastir, illustrant la gravité de ces phénomènes climatiques lorsqu’ils se conjuguent à une préparation insuffisante.

Ces pluies ont mis en évidence la fragilité des infrastructures et des réseaux d’évacuation des eaux pluviales, incapables d’absorber de grands volumes d’eau en un temps réduit, notamment dans les zones urbaines à forte densité, comme l’a indiqué Houcine Rahali à Réalités Online.

Le changement climatique au cœur de l’équation

Les spécialistes du climat estiment que la tempête « Harry » s’inscrit dans la catégorie des phénomènes climatiques extrêmes liés au changement climatique, appelés à se reproduire dans les années à venir. Le réchauffement des eaux de la mer Méditerranée en hiver entraîne une forte saturation en humidité des masses d’air, qui, au contact de fronts froids venant du nord, se transforment en tempêtes pluvieuses intenses.

Dans ce contexte, l’ingénieur environnemental et expert en climat, Hamdi Hached, considère que ce qui s’est produit en Tunisie ne peut être perçu comme un simple épisode passager, mais comme un révélateur de notre rapport réel aux risques. Il met en avant la notion de « culture de gestion des risques », soulignant que les dangers n’affectent pas tous les groupes de la même manière et que les populations vulnérables sont les premières à en subir les conséquences lorsque l’information arrive tardivement ou ne se traduit pas en comportements préventifs.

Selon Hamdi Hached, la tempête « Harry » a causé jusqu’à présent quatre décès, dont celui d’une femme âgée de 73 ans, à mobilité réduite, vivant seule. Cet événement souligne que le problème ne réside pas uniquement dans l’intensité du phénomène météorologique, mais aussi dans la banalisation du risque au niveau sociétal. Il évoque un discours officiel parfois minimisant la situation pour éviter d’alarmer la population, tandis qu’un discours social remet en cause les prévisions scientifiques, perçues comme du pessimisme plutôt que comme un outil de protection. Cette dualité fragilise la confiance et laisse le citoyen hésiter entre négligence et prise de risque.

L’expert insiste sur le fait que la culture du risque ne signifie ni alarmisme ni exagération, mais compréhension des signaux, confiance dans l’information fiable et adoption de comportements rationnels. L’alerte précoce n’est pas l’annonce d’une catastrophe, mais une opportunité de l’éviter ou d’en limiter les effets, alors que la sous-estimation du danger constitue en soi un risque.

Des pluies qui ne remplissent pas les barrages

Malgré l’abondance des précipitations sur les zones côtières, l’extrême nord et le nord-ouest n’ont enregistré que des quantités limitées, comprises entre 20 et 25 mm. La contribution de ces pluies au remplissage des barrages restera donc faible, le taux de remplissage global se situant toujours autour de 30 %. Cette situation reflète la persistance de la crise hydrique, notamment en raison de la baisse progressive des précipitations dans ces régions au cours des dernières années, conséquence de la modification de la carte pluviométrique du pays, selon Houcine Rahali.

La nécessité de revoir le système national

Ces événements montrent que la Tunisie n’est pas parvenue, depuis des décennies, à moderniser ses politiques d’aménagement urbain et son système de gestion des eaux pluviales. La majorité des villes restent dépourvues de réseaux d’évacuation efficaces, les exposant à des inondations à chaque épisode pluvieux intense. Par ailleurs, d’importantes quantités d’eau se déversent directement dans la mer sans être valorisées, malgré leur importance pour le secteur agricole, notamment pour les arbres fruitiers et les oliviers à cette période.

Selon les experts, cette réalité impose une révision en profondeur d’un système national intégré de prévention des inondations et de gestion des eaux pluviales, fondé sur l’alerte précoce, une planification urbaine adaptée et la transformation des risques climatiques en ressources exploitables, plutôt qu’en menaces récurrentes pour les vies humaines et les infrastructures, dans un contexte de pénurie d’eau appelée à s’aggraver dans les années à venir.

Note : Cet article a été traduit de l’arabe vers le français. Il a été initialement publié en langue arabe sur Réalités Online.

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