Pollution, biodiversité, santé : le golfe de Gabès sous la loupe à Beit Al-Hikma

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Longtemps considéré comme l’un des berceaux biologiques les plus riches de la Méditerranée, le golfe de Gabès traverse aujourd’hui une crise environnementale majeure. Situé sur la côte sud-est de la Tunisie et représentant à lui seul un tiers du littoral national, ce golfe peu profond, aux marées parmi les plus fortes du bassin méditerranéen, abrite des herbiers de Posidonie et de Caulerpa d’une importance exceptionnelle. De véritables nurseries naturelles qui lui ont valu le surnom de « pouponnière de la Méditerranée ».

Professeure Amal Hamza Chaffaï

Cette richesse biologique a longtemps soutenu près de 65 % de la production halieutique tunisienne. Crevette royale, poulpe, seiche, palourde ou encore poissons benthiques : le golfe a nourri une activité de pêche intense et permis à plusieurs communautés côtières de prospérer.
Mais depuis le début des années 1990, l’écosystème montre des signes préoccupants de dégradation. L’essor des activités industrielles — notamment les unités de transformation de phosphates, les complexes chimiques, les tanneries et la plasturgie — a profondément bouleversé l’équilibre du milieu marin. Les conséquences sont visibles : recul spectaculaire des herbiers de Posidonie, baisse marquée des stocks de poissons et contamination chimique et microbiologique persistante.
Face à cette situation, les autorités ont mis en place dès 1995 un programme national de surveillance environnementale reposant sur plusieurs réseaux spécialisés : suivi microbiologique (REMI), observation des phytoplanctons toxiques (REPHY), contrôle des contaminants chimiques (RECNO), détection des biotoxines en cas d’alerte (REBI) et surveillance des parasites (REPIDEMIO).

Malgré ces dispositifs, l’ampleur et la diversité des polluants continuent de faire peser une menace sérieuse sur la biodiversité et sur la santé des populations vivant à proximité du golfe.
C’est ainsi que l’’experte en écotoxicologie marine, la professeure Amal Hamza Chaffaï, animera le 5 décembre, au siège de l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts « Beit Al-Hikma », une conférence scientifique intitulée : « Le golfe de Gabès : entre richesse biologique et pollution chronique — État des lieux des impacts sur l’écosystème et la santé humaine (1990–2025) ».
A cette occasion, elle présentera une synthèse de plus de trente années de recherches menées sur cette région maritime stratégique. Son intervention s’articulera autour de deux axes principaux, portant respectivement sur les effets de la pollution sur les organismes marins et sur la santé humaine.
Le premier analyse l’impact de la pollution sur les organismes marins, à partir d’approches in situ, in vivo et in vitro, d’expériences de transplantation et d’une cartographie spatio-temporelle de la contamination. Ces études s’appuient notamment sur des biomarqueurs et bioindicateurs permettant d’évaluer les effets des polluants à l’échelle moléculaire, cellulaire, tissulaire et organique.
Le second volet concerne la santé humaine. Deux enquêtes épidémiologiques menées dans la région mettent en lumière une possible association entre l’exposition aux contaminants et la survenue de cancers des voies aérodigestives supérieures ainsi que de cancers de la vessie.
A l’heure où les pressions industrielles persistent, le golfe de Gabès continue d’incarner un paradoxe : une zone d’une importance écologique vitale, mais fragilisée par des décennies de pollution chronique. La question demeure : la Tunisie parviendra-t-elle à enrayer ce déclin avant que l’un de ses écosystèmes les plus emblématiques ne perde définitivement sa capacité de résilience ?

 

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