Prisons saturées, finances sous pression : l’alerte de Kalthoum Kennou

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Dans un post publié sur sa page Facebook ce mercredi 21 janvier, Kalthoum Kennou, présidente de l’Association des magistrats tunisiens (AMT), a attiré l’attention sur le coût élevé de la détention provisoire prolongée et du recours aux peines privatives de liberté en Tunisie, soulignant que ces dépenses constituent une lourde charge financière pour l’État et la société.
Selon les chiffres disponibles, la population carcérale tunisienne a connu une augmentation rapide au cours des dernières années, passant d’environ 23 000 à près de 33 000 détenus (selon l’Instance nationale pour la prévention de la torture (INPT)), soit une hausse de quelque 10 000 personnes en l’espace de deux ans. Cette évolution est principalement attribuée à la lenteur des procédures judiciaires et à l’usage excessif de la détention provisoire.
Cette situation a entraîné une surpopulation carcérale alarmante, avec des taux d’occupation dépassant les 150 % dans plusieurs établissements et atteignant parfois plus de 200 %, bien au-delà des capacités d’accueil officielles.
D’après des estimations antérieures du ministère de la Justice, le coût moyen d’un détenu pour l’Etat tunisien est évalué à environ 42 dinars par jour, un chiffre qui ne prend pas en compte l’augmentation récente des coûts de fonctionnement.
Par ailleurs, le budget alloué à la mission Justice pour l’année 2026 dépasse 1 025 millions de dinars, dont près de 10 % sont consacrés à la gestion des établissements pénitentiaires et du système judiciaire, tandis qu’une part très limitée est dédiée aux programmes de réforme et aux peines alternatives, l’investissement ne représentant qu’environ 6 % du budget global.
Kalthoum Kennou a ainsi souligné que les dépenses liées à la gestion de la population carcérale pourraient atteindre plusieurs milliards de dinars par an, si l’on tient compte de l’ensemble des coûts directs et indirects, notamment le maintien prolongé en détention provisoire de personnes non jugées et l’incarcération pour des infractions mineures pouvant faire l’objet de sanctions alternatives.
Face à ce constat, la présidente de l’AMT a appelé à une révision en profondeur de la politique pénale et judiciaire, plaidant pour un recours accru aux alternatives à l’incarcération et pour une réaffectation plus rationnelle des ressources publiques vers des secteurs sociaux prioritaires, au bénéfice de l’ensemble de la collectivité.

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