Quand la diaspora et le tourisme sauvent le dinar

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Par Mohamed Ben Naceur

Face à un déficit commercial qui ne cesse de se creuser, atteignant 14,6 milliards de dinars à fin août 2025 selon les données récentes, l’économie tunisienne dépend, plus que jamais, de ses sources de devises «invisibles» : les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) et les recettes touristiques. Ces flux représentent depuis quelques années le principal rempart contre l’effondrement de la balance des paiements et la dépréciation accélérée du dinar tunisien.

Face à un déficit commercial qui ne cesse de se creuser, atteignant 14,6 milliards de dinars à fin août 2025 selon les données récentes, l’économie tunisienne dépend, plus que jamais, de ses sources de devises «invisibles» : les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) et les recettes touristiques. Ces flux représentent depuis quelques années le principal rempart contre l’effondrement de la balance des paiements et la dépréciation accélérée du dinar tunisien. L’aggravation du déficit commercial est un signal d’alarme : l’écart entre les importations (+4,8%) et les exportations (-0,3%) met sous forte pression les réserves en devise de la BCT. Cette dépendance structurelle aux importations, notamment en énergie, dont le déficit dépasse les 7 milliards de dinars, crée un besoin constant de devises étrangères.
Sans une intervention structurelle rapide pour doper les exportations et réduire la facture énergétique, le pays se retrouve dans une position de vulnérabilité où seule la solidarité financière externe peut garantir l’équilibre macroéconomique à court terme.
Le pilier le plus stable et le plus important du financement extérieur reste la diaspora tunisienne. Les transferts des TRE constituent une source de revenus réguliers et peu volatils, par opposition aux autres sources qui dépendent des perspectives économiques comme les IDE.
Dans le contexte économique actuel, non seulement les IDE peinent à se matérialiser en raison de la prudence des investisseurs, mais le risque d’une sortie de capitaux (désinvestissement) est réel, menaçant d’aggraver davantage le déséquilibre de la balance des paiements. Par conséquent, l’apport des TRE, dont le volume est remarquable – près de 2,2 milliards de dollars transférés à fin août 2025 – devient non seulement crucial, mais vital. En injectant continuellement des euros et des dollars, les TRE augmentent l’offre de devises sur le marché, permettant à la BCT de mieux défendre la valeur du dinar contre une dévaluation brutale. Cependant, il est essentiel de noter qu’une grande partie de ces fonds est encore retirée en espèces une fois arrivée, soulignant le défi des autorités de mieux canaliser ces fonds vers l’économie formelle.
Le second moteur essentiel pour rééquilibrer la balance des paiements est le secteur touristique. Après des années de turbulences, la reprise progressive du secteur, notamment en 2024 et 2025, est une bouffée d’oxygène pour les réserves en devises. Les recettes touristiques ont d’ailleurs dépassé la barre symbolique des 2 milliards de dollars à fin août 2025, se rapprochant du niveau des transferts de la diaspora. Cette entrée massive de devises est un financement direct et rapide, essentiel pour couvrir les besoins du pays en importations. Au-delà des recettes directes, le tourisme stimule l’emploi, les PME locales, l’artisanat et l’hôtellerie, créant un effet d’entraînement économique significatif. Pour maximiser cet impact, la diversification est nécessaire.
Le graphique ci-après illustre l’effet compensatoire des transferts de la diaspora (TRE) et des recettes touristiques face au déficit commercial (valeurs en milliards de dollars US).
En conclusion, si le déficit commercial structurel continue de saigner l’économie tunisienne de ses devises, et compte tenu de la faiblesse des IDE et du risque de sortie de capitaux, les transferts des TRE (près de 2,2 milliards de dollars) et les recettes touristiques (plus de 2 milliards de dollars) agissent comme une perfusion salvatrice indispensable. La balance des paiements est maintenue à flot par ces flux combinés. Pour garantir la stabilité du dinar à long terme, la Tunisie doit impérativement mettre en place des stratégies agressives, notamment en réformant l’infrastructure de paiement pour décourager le retrait massif de cash par la diaspora, et surtout en leur offrant des opportunités d’investissement attractives et sécurisées dans le pays. Ces incitations sont cruciales pour transformer l’épargne de la diaspora en capitaux productifs et pallier le manque d’IDE. La conjonction d’un déficit commercial important et d’une forte dépendance à ces flux externes place l’économie tunisienne dans un équilibre fragile qu’il est urgent de transformer par des réformes structurelles profondes.

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