Le destin n’a aucun sens du timing. Et il ne prévient jamais. Alors que la série ramadanesque الست موناليزا déclenchait une vague d’émotion après la diffusion de son épisode 8, la réalité a rattrapé la fiction de la manière la plus violente. Le lendemain même de cet épisode salué pour sa puissance dramatique, l’actrice égyptienne Mai Omar a perdu son père, Omar Badr. Brutal. Sec. Sans transition.
Dans la série, son personnage, Monaliza, apprend la mort de son père alors qu’elle est derrière les barreaux, accusée de meurtre involontaire. Une scène lourde, étouffante, qui a marqué les téléspectateurs. Les réseaux sociaux se sont enflammés : on a parlé d’interprétation magistrale, de performance viscérale, d’une actrice “habitée” par son rôle. Mais la fiction s’est arrêtée à l’écran. La tragédie, elle, a continué hors champ.
C’est le mari de l’actrice, le réalisateur Mohamed Sami, qui a annoncé la nouvelle dans une publication sobre et bouleversante sur Facebook dans laquelle il a déploré la disparition d’un homme respectueux et bienveillant.
Le choc est immédiat. Le public comprend, après coup, que la douleur jouée à l’écran n’était qu’un avant-goût de celle qui allait frapper l’actrice dans sa vie personnelle. Et là, les applaudissements prennent un goût amer.
Dans le sillage de cette coïncidence glaçante, des voix se sont élevées pour évoquer la “puissance de la parole” et le danger du trop-plein d’identification dans le jeu d’acteur. Une publication largement partagée — signée Sonia El Habbal, experte autoproclamée en “énergie de la vie” a fait polémique en suggérant que le fait de vivre intensément un rôle tragique pouvait attirer le malheur.
Le corps du père de Mai Omar sera inhumé après la prière d’El Asr, depuis la mosquée de la police à Sheikh Zayed, en présence de proches, d’amis et de figures du milieu artistique.
Mai Omar n’a même pas eu le temps de savourer le succès de la série. Ironie cruelle : au même moment, l’actrice expliquait dans des interviews que la réalité est souvent plus dure que ce que montre la série. Elle avait raison. Sauf qu’elle ne savait pas encore à quel point cette phrase allait devenir personnelle suite au décès de son père. Paix à son âme.