Il n’y a pas de plus belle reconnaissance pour un artiste que de voir le message qu’il transmet à travers son œuvre se concrétiser dans la réalité. C’est exactement ce qui est arrivé au jeune réalisateur Sofiane Héni. Sa vidéo “El Gorna” a été doublement récompensée lors de la 5ᵉ édition du Festival international des vidéos de sensibilisation (FIVS), organisée à Sousse du 29 au 31 août.
Ce court-métrage aborde le problème des margines, souligne les dangers qui y sont associés et propose des solutions concrètes, efficaces et peu coûteuses. Il a remporté le premier prix dans la compétition internationale sur le thème : « Une citoyenneté durable pour un monde en expansion », tandis que le prix du meilleur acteur a été attribué à Mohamed Ali Laâmari.
La portée du film dépasse le cadre artistique : largement applaudi lors de la cérémonie de clôture, il a inspiré les responsables de Kairouan, l’une des plus grandes régions productrices d’huile d’olive en Tunisie, à s’attaquer concrètement à cette problématique.
Ainsi, dans le cadre des préparatifs de la campagne de récolte et de transformation des olives pour la saison 2025/2026, le gouverneur de Kairouan, Dhaker Barkoui, a présidé le mercredi 10 septembre une séance de travail consacrée aux aspects logistiques et matériels, afin de garantir une bonne saison oléicole et une gestion efficace des margines.
Cette rencontre a réuni l’ensemble des acteurs du secteur et a permis de prendre plusieurs mesures, s’inspirant notamment des recommandations avancées par l’acteur Mohamed Ali Laâmari dans le film. Ces mesures s’appuient également sur une étude scientifique approfondie menée pendant treize ans par l’Institut Zitouna, qui a démontré l’efficacité de l’épandage des margines pour améliorer la fertilité des sols et valoriser ces sous-produits.
Parmi les décisions prises :
- adopter le système d’épandage des margines pour les valoriser comme fertilisant agricole, à hauteur de 50 % des quantités disponibles ;
- encourager les propriétaires d’huileries à mettre à disposition des terrains pour l’épandage, dans la limite de 50 % de leur capacité de production ;
- inviter la municipalité de Bouhajla à intervenir pour la réouverture du site de dépôt d’Elloubia;
- identifier des terrains appartenant au domaine de l’État pour les exploiter comme sites collectifs autorisés ;
- renforcer le contrôle des sites existants pour éviter les rejets anarchiques et sensibiliser les agriculteurs à l’importance de la valorisation des margines, tant pour l’amélioration de la fertilité des sols que pour la lutte contre les herbes parasites.
Cette initiative illustre parfaitement comment, à travers des manifestations culturelles et des festivals à vocation humanitaire et de sensibilisation, comme le FIVS, l’art et la science peuvent se rencontrer et se compléter. Ces événements ne se limitent pas à la simple diffusion d’œuvres artistiques : ils deviennent de véritables plateformes de réflexion et d’engagement citoyen, capables de mobiliser les acteurs de terrain et de transformer des idées en actions concrètes et efficaces. En mettant en lumière des problématiques sociales, environnementales ou agricoles, et en proposant des solutions validées scientifiquement, de telles initiatives contribuent à sensibiliser le public et les décideurs, tout en promouvant une gestion durable et responsable des ressources, comme c’est le cas pour la valorisation des margines dans les zones oléicoles tunisiennes. Elles montrent que l’art peut être un vecteur puissant de changement social, capable d’inspirer des politiques publiques, d’influencer les pratiques agricoles et d’encourager une citoyenneté active et consciente des enjeux environnementaux.
Voici le lien de la vidéo :