Racistes et hypocrites

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Rahma Ayat (Algérienne, 26 ans). Hichem Miraoui (Tunisien, 46 ans). Boubakar Cissé (Malien, 22 ans). Nahel Merzouk (Franco-Algérien, 17 ans). La liste est bien plus longue encore. Victimes de l’islamophobie, assassinées par balles ou à coups de couteau par le racisme, par la haine de l’étranger, par une vague mondiale, rampante, montante et inédite de stigmatisation des musulmans de toutes les nationalités et de toutes les catégories sociales et professionnelles, sous le seul prétexte religieux, idéologique, identitaire, sous le prétexte d’être des musulmans ; l’Islam, la religion la plus redoutée, la plus persécutée, la plus méconnue, victime des amalgames et des enjeux politiques inavoués. Rahma et Hichem ont été lâchement tués par un voisin, Boubakar par un déséquilibré, Nahel par un policier, les quatre tueurs européens, un Allemand et trois Français, partagent la même haine xénophobe contre les musulmans, les immigrés, les étrangers venus trouver un meilleur avenir loin de leurs pays, de leurs familles, de leurs proches, de leurs origines.  Il y a aussi Zohran Mamdani, un homme politique américain de 33 ans, membre du parti Démocrate, musulman, né en Ouganda, originaire d’Inde, arrivé en tête de la primaire démocrate à New-York pour les Municipales de novembre prochain. La percée victorieuse du jeune musulman au pays de l’Oncle Sam a suscité une vague islamophobe, sur les réseaux sociaux, une campagne haineuse qui, comme toutes les autres campagnes haineuses en Europe, met à mal les valeurs morales des grandes démocraties et leurs principes de respect des droits de l’homme, des races, des cultures, des religions, revendiquées par les sociétés occidentales. Plus grave encore, le président américain, Donald Trump, lui-même, va être de la partie pour l’enflammer en menaçant « d’expulser » l’élu musulman qu’il prétend être « présent illégalement aux Etats-Unis » et qu’il qualifie de « dingue à 100% communiste » ou de « l’arrêter » pour, dit-il « sauver New-York ». Ce sont des propos hostiles et insensés de ce type attribués, à tort, à la liberté d’expression venant de dirigeants politiques de premier plan, relayés par des campagnes coordonnées de diabolisation de l’ensemble de la communauté musulmane – les amalgames sont vite faits – diffusées en boucles par les médias d’extrême droite qui impactent l’opinion publique occidentale, notamment française et allemande. Les actes islamophobes et racistes sont en augmentation partout en Europe et aux Etats-Unis et les crimes racistes ne sont même pas reconnus comme tels parce qu’il faut préserver l’image des démocraties occidentales qui prônent dans leurs discours politiques le respect, la justice, l’égalité, le partage, la solidarité…toutes ces valeurs de civilisations développées et supérieures qu’elles brandissent à la face des régimes autoritaires et dictatoriaux à chaque fois qu’ils jouent aux intransigeants ou aux rebelles. Mais ces « démocraties » sont en train de changer de boussole, de convictions, de politiques et de stratégies sous prétexte, tout à fait justifié, de se défendre contre le terrorisme. Mais là où le bât blesse, c’est la stigmatisation d’une religion, une seule, accusée de tous les maux de la France, de l’Allemagne, de toute l’Europe, du monde entier. Dès lors, les fidèles ne sont plus en sécurité ni encore les femmes voilées, comme Rahma Ayat harcelée par son voisin pendant des mois avant de l’assassiner parce qu’il ne supportait pas son voile. Ce voile interdit en France pour les femmes musulmanes dans les compétitions sportives, dans les établissements scolaires et bientôt, peut-être, dans l’espace public. L’anti-Islam et l’anti-immigration ont semé la peur et ont pris de telles proportions que les démocraties occidentales elles-mêmes sont en péril, menacées par les tensions politiques, les divisions entre compatriotes, un climat général délétère propice aux violences, à l’instabilité. La religion, alors qu’elle faisait partie de l’espace et de la vie privés, est devenue un critère d’exclusion comme dans les temps anciens avant l’instauration du pluralisme et l’adoption de la diversité comme fondements des démocraties européennes et américaine. S’il revient à tous les pays le droit, voire le devoir, de lutter contre l’immigration clandestine et d’organiser l’immigration légale dans le but de préserver l’intérêt général et la sécurité nationale, il ne sera pas dit autant de la méthode utilisée pour cela. Campagnes de haine, de stigmatisation, incitations à la violence, tous les ingrédients du vivre-ensemble sont mis à mal, piétinés par des hommes et des femmes qui font de la politique des plateaux télé et des radios.
En Europe, la perception est toute autre. Il n’y a pas d’islamophobie, mais des gens perturbés psychiquement qui commettent des crimes, comme n’importe quel crime. Il n’y a aucune symbolique islamophobe. Cependant, il y a de l’antisémitisme. Les titres des journaux et des sites électroniques des plus grands médias sont sur la même longueur d’onde : « L’antisémitisme en pleine marée montante », titre Le Monde dans une de ses éditions en 2024 ; « Hausse spectaculaire de l’antisémitisme en Europe », titre Euronews en mai 2025 ; « Les pays européens enregistrent leurs plus hauts taux d’actes antisémites depuis le Seconde Guerre mondiale », écrit Le Parisien en janvier 2025. En Europe, les musulmans n’ont plus de visibilité depuis qu’ils sont tous identifiés aux auteurs du 7 octobre 2023, le Hamas et les factions de la résistance palestinienne contre l’occupant israélien. Et le génocide en cours à Gaza s’inscrit dans le cadre de la légitime défense d’Israël quelles que soient les atrocités qui y sont commises par l’armée israélienne. Comme la diabolisation de l’Islam et des musulmans dans le monde qui fait partie de la guerre médiatique contre Gaza, contre la Palestine et contre tous les musulmans qui soutiennent la cause palestinienne.
Le racisme a de beaux jours devant lui en Europe et aux Etats-Unis où l’extrême droite plante son décor pour vivre longtemps et pour se répandre. Et les musulmans connaîtront des jours difficiles. Mais, attention, il ne faut pas leur dire, en face, qu’ils sont racistes, ils ne le reconnaîtront jamais, parce qu’ils en ont honte. Qui ne sait pas encore que l’hypocrisie est une arme politique ?

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