Relations franco-tunisiennes : Anne Guéguen défend le multilatéralisme et met en avant les acquis de 2025

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Lors d’une rencontre avec des journalistes tunisiens, l’ambassadrice de France en Tunisie, Anne Guéguen, a livré une analyse détaillée du contexte international, du positionnement diplomatique français et de l’état du partenariat entre Paris et Tunis, à l’aube de l’année 2026.

Anne Guéguen n’a pas manqué à adresser ses condoléances aux familles des victimes des pluies torrentielles qui ont touché plusieurs régions tunisiennes en début de semaine estimant que le travail des journalistes mobilisés sur le terrain avait contribué à informer les populations et à limiter les risques.

Dans ce contexte, elle a souligné l’importance d’une information « fiable et objective », particulièrement en période de crise, rappelant que les médias constituent, selon elle, un rempart contre la désinformation et les dérives autoritaires.

Une liberté de la presse sous pression

L’ambassadrice a alerté sur la dégradation des conditions d’exercice du journalisme à l’échelle mondiale. Elle a évoqué les 67 journalistes tués en 2025, dont une part importante dans la bande de Gaza, pour illustrer les risques croissants auxquels sont confrontés les professionnels de l’information.

Elle a défendu la liberté de la presse comme un pilier de la démocratie et un enjeu stratégique, dans un contexte de guerre informationnelle et de polarisation politique.

Une diplomatie française face à un monde fragmenté

Sur le plan international, Anne Guéguen a estimé que l’année 2025 avait confirmé une « brutalisation » des relations internationales, marquée par la remise en cause du multilatéralisme, la multiplication des conflits armés et le retour des logiques de puissance.

Elle a cité les situations en Palestine, en Ukraine et au Soudan comme autant d’exemples illustrant l’érosion du droit international humanitaire et des mécanismes de régulation collective.

Dans ce cadre, la diplomatie française se positionne, selon elle, comme un acteur cherchant à concilier fermeté stratégique et engagement multilatéral. Elle a rappelé le refus de Paris d’adhérer à une logique de blocs, tout en revendiquant une plus grande autonomie européenne.

Parmi les initiatives internationales mises en avant par Anne Guéguen figurent la reconnaissance par la France de l’État de Palestine en septembre 2025, l’appui militaire, diplomatique et humanitaire à l’Ukraine face à l’invasion russe, la participation à la protection des océans via le traité BBNJ, ainsi que l’organisation du sommet de Paris sur l’intelligence artificielle.

Sur le plan bilatéral, l’ambassadrice a qualifié 2025 de « période de consolidation » du partenariat franco-tunisien. Plusieurs projets ont marqué cette année, dont le Forum méditerranéen de l’IA, coorganisé avec les autorités tunisiennes, le programme « Watani » pour stimuler l’entrepreneuriat et mobiliser les diasporas, les Rencontres d’affaires de Business France réunissant plus de 130 entreprises, ainsi que le lancement du portail numérique Portail-Eco pour faciliter l’orientation des acteurs économiques.

La coopération s’est également intensifiée dans le domaine sécuritaire, illustrée par la visite du ministre tunisien de l’Intérieur à Paris, témoignant d’un dialogue opérationnel soutenu entre les deux pays.

Des échanges économiques en hausse

Selon les données communiquées par l’ambassade, les échanges commerciaux entre la France et la Tunisie ont atteint près de 40 milliards de dinars en 2025, avec un excédent en faveur de la partie tunisienne.

La France reste le premier partenaire commercial et le premier client du pays. L’investissement français aurait avoisiné le milliard de dinars, générant environ 2 900 emplois, d’après la FIPA.

Dans le même temps, la Tunisie conserve sa position de premier investisseur africain en France en nombre de projets et d’emplois créés, traduisant, selon la diplomate, une relation économique « mutuellement bénéfique ».

Mobilité et formation : entre ouverture et frustrations

La question des visas a été à l’ordre du jour. L’ambassadrice a reconnu les difficultés rencontrées par de nombreux demandeurs, y compris parmi les journalistes et les chercheurs.

Elle a toutefois souligné une amélioration des indicateurs, avec plus de 116 000 visas délivrés en 2025 et un taux de refus ramené à moins de 18 %, contre 28 % en 2022.

En matière d’enseignement supérieur, elle a rappelé que près de 15 000 étudiants tunisiens sont inscrits dans des établissements français, bénéficiant de procédures simplifiées et de dispositifs numériques renforcés.

Culture, recherche et développement

Sur le plan culturel, plusieurs expositions ont été citées, notamment « Salammbô : de Flaubert à Carthage » et « Le Coran vu d’ailleurs », illustrant la volonté de renforcer les échanges artistiques et patrimoniaux.

Dans le domaine du développement, l’Agence française de développement a décaissé 115 millions d’euros en 2025 pour financer 64 projets, axés sur l’accès à l’eau, la mobilité urbaine et les énergies renouvelables.

L’ambassadrice a insisté sur la nécessité de rendre ces projets plus visibles et plus lisibles pour le public tunisien, en s’appuyant notamment sur le travail des médias.

2026 : enjeux diplomatiques et ambitions régionales

Pour l’année 2026, la France entend capitaliser sur sa présidence du G7 afin de promouvoir une réforme du système d’aide internationale et de renforcer le dialogue avec les pays émergents. Plusieurs rendez-vous diplomatiques sont également prévus, dont le sommet « One Health » à Lyon, le sommet Africa Forward à Nairobi et la saison Méditerranée en France, qui mettra en valeur la Tunisie. À travers ces initiatives, Paris ambitionne de consolider ses partenariats en Afrique et en Méditerranée, en misant sur des coopérations centrées sur la jeunesse, l’innovation et la culture.

Une relation appelée à évoluer

Anne Guéguen a appelé à un renforcement du partenariat franco-tunisien, fondé sur la confiance, la transparence et la responsabilité mutuelle.

Elle a également annoncé la visite prochaine en Tunisie de la ministre déléguée Éléonore Caroit, destinée à impulser une nouvelle dynamique autour des secteurs stratégiques.

Tout en mettant en avant les résultats obtenus, ce discours s’inscrit dans une démarche de valorisation de l’action diplomatique française, à un moment où les relations internationales sont marquées par des tensions croissantes et où la Tunisie cherche à diversifier ses partenariats économiques et politiques.

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