Le paysage historiographique tunisien s’enrichit d’un nouvel opus majeur. Le chercheur Bilel Saâoudi, docteur en histoire contemporaine, présentera son dernier ouvrage intitulé « Européens de Tunisie à la fin de l’ère coloniale française (1939-1964) », ce dimanche 15 février à la librairie Al Kitab.
Cette rencontre, placée sous l’égide de l’Institut supérieur d’histoire de la Tunisie contemporaine (ISHTC), sera modérée par le Dr Kamel Jerfal, ancien doyen de la Faculté des Lettres de Sousse.
Issu d’une thèse de doctorat rigoureusement remaniée pour l’édition, l’ouvrage de Bilel Saâoudi se distingue par sa volonté d’exhaustivité. Comme le souligne l’historien Khaled Abid, directeur de l’ISHTC, dans sa présentation, l’auteur ne se cantonne pas à l’étude des ressortissants français. Il embrasse l’ensemble de la composante européenne — incluant notamment l’importante communauté italienne — pour offrir une lecture globale d’un phénomène migratoire indissociable de la structure coloniale.
Pour Khaled Abid, l’intérêt central du livre réside dans l’analyse d’un paradoxe historique frappant entre 1939 et 1964. Bilel Saâoudi démontre comment, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’administration française a profité de l’affaiblissement des autres nations européennes (particulièrement l’Italie) pour asseoir une hégémonie numérique et spatiale sans précédent.
Cependant, poursuit le directeur de l’ISHTC, cette « victoire » apparente de l’élément français sur ses voisins européens masquait en réalité les prémices d’un effondrement inéluctable. Alors que les privilèges coloniaux semblaient gravés dans le marbre pour certains, les mécanismes de la fin de règne s’enclenchaient déjà, menant irrémédiablement au départ.
Au-delà du récit, c’est la méthodologie de Saâoudi qui force le respect de ses pairs. Décrit comme un chercheur ayant un « grand savoir-faire dans le maniement des archives », il parvient à faire parler les documents officiels pour reconstituer la complexité des rapports de force de l’époque.
“L’ouvrage ne se contente pas de relater des faits ; il propose une réflexion sur le dialogue entre les peuples. En creux, l’auteur suggère que le refus systématique des aspirations à la liberté — comme ce fut le cas lors de la lutte nationale tunisienne — conduit nécessairement à l’impasse, plaidant indirectement pour une culture de la paix et des dénominateurs communs”, conclut Khaled Abid.