Réseaux sociaux : Quel impact sur la santé mentale des jeunes ?

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Les réseaux sociaux occupent une place importante dans la vie des jeunes. Si ces plateformes peuvent être un formidable outil de communication, elles ont également des effets négatifs sur la santé mentale, les relations sociales et l’estime de soi.

Sur les réseaux sociaux, nombreux sont les jeunes qui cherchent à exposer une version idéalisée de leur vie. Ils partagent des images soigneusement sélectionnées et retouchées, qui donnent l’illusion d’une vie parfaite. Cette quête constante de perfection en ligne est souvent influencée par des célébrités, des influenceurs ou des figures publiques qui véhiculent des standards inaccessibles, voire artificiels.
Malheureusement, beaucoup d’adolescents ont du mal à faire la différence entre la vie virtuelle et la réalité quotidienne. En voyant constamment des corps parfaits, des couples heureux, des voyages de rêve ou des réussites professionnelles précoces, ils peuvent se sentir inférieurs, en échec, ou tout simplement “pas assez”. Cela engendre une pression psychologique importante, qui peut affecter durablement l’estime de soi. En effet, l’exposition quotidienne à ce genre de contenu peut provoquer chez les jeunes un sentiment de mal-être et la comparaison avec d’autres utilisateurs, souvent à travers des photos et des vidéos irréalistes, peut entraîner  une baisse de la confiance en soi, des complexes physiques, voire même des troubles d’anxiété ou dépressifs.
Ce besoin de validation sociale à travers les likes, les commentaires et les partages crée une dépendance à l’approbation numérique, fragilisant encore davantage l’équilibre émotionnel des adolescents.
Un exemple marquant est celui de Madison Holleran, étudiante et athlète à l’université de Pennsylvanie ; elle affichait sur son compte Instagram une vie épanouie et réussie. Pourtant, derrière cette façade, elle luttait contre une profonde dépression. En janvier 2014, elle s’est suicidée. Son histoire souligne le danger de vouloir maintenir une image irréprochable en ligne, et rappelle que la réalité peut être bien différente de ce que l’on choisit de montrer.
De plus, lors d’un micro-trottoir à l’avenue Habib Bourguiba, des jeunes ont été interrogés et ont affirmé : « Ce qu’on voit sur les réseaux, ce n’est pas la réalité. Les gens montrent uniquement le côté positif de leur vie. »
« C’est un monde superficiel, qui nous pousse à vouloir ressembler à des modèles inatteignables. »
Parmi les nombreux phénomènes qui affectent la santé mentale des jeunes sur les réseaux sociaux, le cyberharcèlement occupe une place centrale. Il s’agit d’une forme de violence psychologique en ligne qui peut avoir des conséquences graves sur la santé mentale. Elle se manifeste de multiples manières : insultes et menaces, diffusion de rumeurs, usurpation d’identité, publication de contenus humiliants, harcèlement sexuel ou chantage à la webcam.
Ce type de harcèlement est  très destructeur  car il  peut être anonyme et s’introduit dans la sphère privée. Les victimes se retrouvent souvent isolées, sans répit, face à une violence constante. Les conséquences sont graves : les jeunes harcelés peuvent ressentir un sentiment de honte, développer une anxiété sociale, se replier sur eux-mêmes, voire tomber en dépression. Certains peuvent même avoir des pensées suicidaires, surtout s’ils ne trouvent aucun soutien ou s’ils ont peur d’en parler à un adulte.
Un jeune a partagé un témoignage poignant : “Une amie à moi a été harcelée sur les réseaux sociaux, et à cause de ça, elle est tombée en dépression. Elle a perdu confiance en elle et s’est complètement isolée.”
Ce type d’expérience peut laisser des traces durables dans la construction de soi. À un âge où l’on cherche encore à se construire, être humilié ou exclu publiquement peut briser l’estime de soi et entraver le développement émotionnel et social de la personne. La peur d’être harcelé pousse certains jeunes à éviter de publier, ou au contraire à se conformer aux normes de la société pour éviter d’être rejetés. Cette pression sociale permanente nuit à la liberté d’expression et à l’authenticité.
Malgré cela, le cyberharcèlement n’est pas toujours pris au sérieux par l’entourage. Beaucoup de jeunes n’osent pas en parler, par peur de ne pas être crus. Cela souligne l’importance de sensibiliser les familles, les enseignants et les institutions scolaires afin qu’ils puissent accompagner les victimes et agir rapidement.
En outre, de nombreuses études démontrent une corrélation entre le temps passé sur les réseaux sociaux et une détérioration de la santé mentale. Plus les adolescents passent de temps en ligne, plus ils déclarent souffrir d’anxiété, de dépression ou de baisse de moral.
Cependant, ce lien peut aller dans les deux sens. “Si on se sent plus anxieux, on a tendance à passer plus de temps sur Instagram ou TikTok”, explique Luisa Fassi.
Une étude publiée dans Nature en 2022 a révélé que les filles sont plus vulnérables aux effets négatifs des réseaux sociaux que les garçons. L’âge joue aussi un rôle important : pour les filles, la période la plus sensible se situe entre 11 et 13 ans, pour les garçons, autour de 14-15 ans.
D’après une enquête de l’association Génération numérique, l’activité la plus pratiquée par les 11-18 ans sur les réseaux est la discussion avec les amis et la famille qui une pratique associée à une meilleure santé mentale. À l’inverse, l’exposition à des contenus choquants ou le harcèlement nuisent fortement à la santé mentale.
Si les réseaux permettent de garder le lien avec des proches éloignés, ils peuvent également diminuer la qualité des interactions en face-à-face. Les jeunes passent parfois plus de temps à interagir en ligne qu’à développer de véritables relations sociales, ce qui peut conduire à une baisse des compétences relationnelles, voire à un isolement social.
Par ailleurs, les adolescents ne mesurent pas les risques liés au partage excessif de données personnelles : exposition aux prédateurs, vol d’identité, exploitation commerciale ou diffusion non consentie de contenus privés.
Ces situations peuvent avoir un impact psychologique profond. Être victime de vol d’identité ou de diffusion de contenus intimes peut provoquer une perte de confiance en soi, un sentiment de honte, de peur constante ou encore d’insécurité, notamment si les contenus deviennent viraux. Les jeunes peuvent également ressentir une perte de contrôle sur leur propre image, ce qui génère du stress, de l’anxiété, voire des troubles dépressifs.
Ainsi, Il est essentiel que les jeunes apprennent à protéger leur vie privée et à utiliser les réseaux sociaux de façon responsable. Les parents, les enseignants et les adultes en général ont un rôle clé à jouer dans cette éducation numérique.
Les réseaux sociaux font désormais partie intégrante de la vie des jeunes. Ils offrent des opportunités de partage, d’expression et de connexion, mais présentent aussi de nombreux risques pour la santé mentale, l’estime de soi, la sécurité et les relations sociales.
Il est crucial d’éduquer les adolescents à un usage raisonné de ces plateformes et de favoriser le dialogue autour de leurs pratiques numériques.

Nour Kriaâ
Stagiaire

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