Rétrospective du Centenaire de Youssef Chahine : «Caméra arabe» de Férid Boughedir choisi pour l’ouverture

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Férid Boughedir en débat avec Youssef Chahine aux JCC 1982 

Le film tunisien «Caméra arabe» de Férid Boughedir a été sélectionné dans sa version récemment restaurée en Haute Définition 4K, par le Festival international d’El Gouna en Égypte) (16–24 octobre 2025) pour faire l’ouverture de la Rétrospective-Hommage rendue au grand réalisateur Youssef Chahine (janvier 1926– Juillet 2008) à l’occasion de la pré-célébration du centenaire de sa naissance. La Directrice artistique du festival Marianne Khoury qui n’est autre que la nièce du maître disparu, et qui a coproduit tous ses derniers films, a choisi pour cette célébration une approche jamais exposée auparavant : le rôle qu’a joué Youssef Chahine dans la naissance de cette « Nouvelle vague » de cinéastes arabes apparue dans les années 60, à la suite de la décolonisation des pays du Maghreb, et surtout après la défaite arabe de la « Guerre des six jours » de juin 1967.
Une Nouvelle Vague qui a décidé de proposer un cinéma social et politique au langage visuel moderne, venant en opposition avec le cinéma arabe classique qui était alors proposé par les studios du Caire depuis les années 30  : Un cinéma commercial, en majorité de divertissement et d’évasion du réel, malgré l’existence de quelques pionniers voulant révéler les réalités sociales de l’Égypte à commencer par Youssef Chahine lui-même dès 1958 avec son chef-d’œuvre Bab el Hadid, écrit, réalisé et interprété par lui-même.
La perspective originale choisie par El Gouna 2025 est de démontrer l’influence qu’a eue directement ou indirectement Youssef Chahine sur cette «Nouvelle vague » dont l’Histoire est au cœur du film tunisien Caméra Arabe, le seul film qui lui a été consacré et qui présente de façon exclusive ses 20 premières années d’existence . Cela avec des extraits choisis de films de ces nouveaux cinémas, illustrés de façon sincère et passionnée par la parole forte de leurs réalisateurs  et par le commentaire de l’auteur. Parmi eux l’Algérien Mohammed Lakhdar-Hamina, ( le seul cinéaste d’Afrique et du monde Arabe à avoir réussi à remporter la « Palme d’or » du plus important festival du monde celui de Cannes, cinéaste qui nous a quitté cette année au mois de mai), mais aussi le palestinien Michel Khleifi, les Syriens Mohamed Malass et Omar Amiralay,  les Libanais Borhane Alaouié et Jocelyne Saab, le Marocain Souheil Ben Barka, les Tunisiens Nouri Bouzid, Abdellatif Ben Ammar, Ridha Béhi et Nejia Ben Mabrouk , entre autres : les déclarations et les extraits des films successifs de Youssef Chahine dans Caméra Arabe, montrés en parallèle avec les événements politiques qui ont secoué à l’époque le Proche Orient, se révélant au fur et à mesure être un fil conducteur possible entre toutes ces œuvres novatrices, pourtant extrêmement différentes les unes des autres. D’où le choix pour l’ouverture de cette rétrospective-hommage de la projection, le 20 octobre, du film tunisien dans sa version enfin restaurée en haute définition 4K, grâce à l’intervention décisive de Tarek Ben Chaabane, alors Directeur de la Cinémathèque Tunisienne.

…et 8 ans plus tard: Férid Boughedir et Youssef Chahine au Festival de Cannes 1990 pour la Première mondiale de leurs films respectifs « Halfaouine » et « Alexandrie encore et toujours »

Dès que cette restauration achevée, la Première de  Camera Arabe 4K  a eu lieu au mois de Juin à Bologne en Italie, sur sélection du festival « Il Cinéma Ritrovato », devenu aujourd’hui le plus important rendez-vous mondial pour les classiques restaurés ayant marqué l’Histoire du septième art.
A l’appui de cette filiation historique ainsi révélée entre Chahine et la Nouvelle Vague arabe, intitulée  Youssef Chahine , Godfather of the New Arab Cinéma ?, ( Youssef Chahine Parrain du Nouveau Cinéma Arabe ?) EL Gouna 2025, a choisi de présenter au sein de cet Hommage une rétrospective de plusieurs « Premières œuvres » marquantes de cette « Nouvelle vague » historique  : Pour la Tunisie c’est de nouveau Férid Boughedir qui est mis à contribution avec Halfaouine ( Asfour Stah) un film partiellement autobiographique à l’esthétique novatrice qui avait fait l’événement en 1990, en recevant des mains de Youssef Chahine lui-même, alors Président du jury, le « Tanit d’or » des Journées cinématographique de Carthage, de même que le prix d’interprétation pour le jeune acteur du film.
Pour l’Algérie le choix s’est porté sur Nahla de Farouk Beloufa (1979 ) qui fut auparavant l’assistant-réalisateur du film Le retour du fils Prodigue de Youssef Chahine dont il admirait l’audace. (Il est à noter que Nahla, tout comme Camera Arabe, et comme Halfaouine, a lui aussi vu son montage effectué par la même figure féminine prédominante de cette Nouvelle Vague du Cinema Arabe, la monteuse tunisienne, future réalisatrice des Silences du Palais en 1994, feu Moufida Tlatli . )
Pour le Maroc sur le film consacré à des artistes marginaux ambulants Adieu forain (Bye-bye Souirti) de Daoud Ouled Sayed (1998)
Parallèlement à une grande exposition consacrée à Bab El Hadid , un colloque sera également tenu à El Gouna 2025 sur Youssef Chahine et son apport au renouvellement des cinémas arabes avec la participation des nombreux cinéastes et chercheurs. Et cela après la projection du film autobiographique du maitre égyptien Alexandrie, encore et toujours dont, justement, la Première internationale avait eu lieu au Festival de Cannes 1990, chronologiquement en même temps que celle du tunisien  Halfaouine !
Outre cet évènement marquant du pré-centenaire, la 8ème session du Festival international d’El Gouna, connu pour son luxe et son prestige, propose cette année, comme il en a la réputation, plusieurs œuvres notables de 2025 révélées à l’échelle internationale, dont notamment en compétition, le tout récent « Lion d’or » du Festival de Venise, Father Mother Sister Brother du réalisateur américain Jim Jarmusch .
Du point de vue du cinéma arabe ce seront l’Égypte, l’Irak et de nouveau la Tunisie qui seront à l’honneur dans la compétition officielle : avec pour l’Égypte Kolunia ( my father’s scent ) de Mohamed Siam ( qui fut un lauréat des JCC 2021 pour son documentaire  Amal  ) et Al Mustaamara ( la colonie ) de Mohamed Rashad. Pour l’Irak Tales of a wounded Land ( Contes d’un Pays blessé ) de Abbes Fadhel, et pour la Tunisie le premier long-métrage de la jeune Amel Guellaty Où nous mène le vent -Wayn Yacoudouna al Rih, un Road-movie qui suit un jeune couple à travers le pays profond, déjà présenté au festival de Sundance, ainsi que le court-métrage La Maison de poupées de Samra de Maïssa El Hedheb.

Egalement prévus dans la compétition officielle trois autres films de femmes Nino de Pauline Loques et l’intérêt d’Adam  de Laura Wendel (France). Romeria de Carla Simon (Espagne ) ainsi que Lucky Lu ( Canada ) un Poète (Colombie), Deux procureurs (Allemagne) Milk Teeth ( Roumanie) A pale view of Hills ( Japon) et Shadow book ( (inde) ainsi que Orwell:2+2=5 le nouveau documentaire du Haïtien Raoul Peck, l’auteur de I am not your Negro , un familier des JCC ou il fut Président du Jury .
El Gouna projettera également hors compétition pour les festivaliers, comme à l’accoutumée, plusieurs films récents ayant fait l’évènement au niveau international comme un simple accident de l’iranien Jaafar Panahi palme d’or du festival du dernier festival de Cannes, ou encore Frankenstein du mexicain Guillermo Del Toro.
Toujours hors compétition, El Gouna va reconduire pour la troisième fois son programme Windows on Palestine, ( Fenètres sur La Palestine ) qui présente depuis l’invasion de Gaza en 2023, tous les nouveaux films palestiniens ou consacrés à la Palestine, comme cette année le film choc de l’iranienne Sepideh Faraji qui avait bouleversé le dernier Festival de Cannes, centré sur les dernières vidéos  reçues d’elles précédant l’assassinat ciblé à Gaza de la journaliste palestinienne Fatma Hassona : Put you soul on your hands and Walk ( Remets ton âme entre tes mains et avance ).

La Nouvelle Vague des cinéastes arabes dans Camera Arabe de Férid Boughedir

Enfin pour montrer que El Gouna continuera plus que jamais à soutenir cette Nouvelle Vague arabe initiée par Youssef Chahine, en commençant par le cinéma du pays hôte , le festival présentera cette année, outre un Hommage à la jeune actrice égyptienne Ména Shalabi, pas moins de 6 long-métrages de jeunes cinéastes égyptiens qui seront projetés majoritairement en Première mondiale  comme The Gentlemen de Karim El Shenawi, rendu célèbre par le succès de ses séries TV : Outre les deux films égyptiens de la compétition déjà cités , seront montrés également le documentaire Life after Siham de de Namir Abdel Messih ( le réalisateur de la vierge, les coptes et moi ) , ainsi que les premières œuvres de 2 jeunes réalisatrices égyptiennes : le documentaire  50 meters  de Yomna Khattab et la fiction Happy Birthday de Sara Gohar, ce dernier film, en soutien affirmé à cette jeune génération ayant même l’honneur d’avoir été choisie pour faire l’ouverture du Festival.
Pour le film tunisien Camera Arabe, le prochain grand rendez-vous sera à New York , début 2026, pour une Première Nord Américaine au réputé   « Lincoln Center » de Manhattan, sur sélection du New York African Film Festival .

Walid Hammami

 

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