Un récent rapport du site britannique d’investigation Declassified a jeté une lumière crue sur la ligne éditoriale de l’agence de presse internationale Reuters. L’enquête, basée sur des témoignages internes, accuse la direction et une partie de l’équipe éditoriale de partialité en faveur d’Israël dans leur couverture de la guerre à Gaza, au détriment d’une information équilibrée et complète.
Polémique autour de la mort du journaliste Anas Al-Sharif
La controverse a atteint son paroxysme après la publication d’une dépêche Reuters sur la mort du journaliste palestinien Anas Al-Sharif, correspondant d’Al Jazeera tué par une frappe israélienne. Le titre choisi par l’agence affirmait :
« Israël tue un journaliste d’Al Jazeera qu’elle affirme être un cadre du Hamas ».
Une formulation jugée biaisée et irrespectueuse, d’autant qu’Al-Sharif avait lui-même travaillé pour Reuters et participé à l’équipe distinguée par le prix Pulitzer 2024. Pour de nombreux observateurs, ce titre illustre la tendance de l’agence à reprendre, sans distance critique, les justifications israéliennes.
Selon plusieurs journalistes interrogés, le malaise s’est amplifié depuis les attaques du 7 octobre 2023. Ils dénoncent des consignes internes limitant l’utilisation du mot « Palestine », ce qu’ils considèrent comme un symbole manifeste de partialité éditoriale. Certains affirment que les débats internes sont souvent tranchés en faveur d’une vision qui minimise la souffrance des civils palestiniens.
Deux poids, deux mesures ?
Les critiques pointent également un traitement différencié entre la guerre en Ukraine et la guerre à Gaza. Dans le premier cas, Reuters mettait systématiquement en avant la détresse des victimes civiles, alors que dans le second, la couverture aurait tendance à justifier les actions israéliennes et à réduire l’ampleur de la catastrophe humanitaire.
Récit orienté et faits occultés
L’enquête de Declassified cite notamment un échange interne dirigé par l’éditeur de Reuters, Güler, insistant pour mettre en avant la position israélienne, tout en écartant la responsabilité d’Israël et des États-Unis dans l’échec des négociations de cessez-le-feu.
Les données alarmantes publiées par la revue scientifique The Lancet, estimant à près de 186 000 morts directs et indirects liés au conflit, auraient été largement passées sous silence. De même, le statut de Gaza comme zone la plus dangereuse au monde pour les journalistes n’aurait pas été suffisamment rappelé.
Ce rapport pose une question centrale : une agence d’information mondiale, censée incarner la neutralité et l’exactitude, peut-elle se permettre de minimiser une tragédie humaine d’une telle ampleur ?
Le rapport complet est à découvrir ci-dessous :
https://www.declassifieduk.org/reuters-journalists-accuse-newswire-of-pro-israel-bias/