L’Opéra de Tunis accueillera, le jeudi 15 janvier à 19h, l’un des grands représentants de la tradition musicale viennoise, le pianiste, organiste et chef d’orchestre autrichien Robert Lehrbaumer, pour un Concert du Nouvel An présenté sous la forme exigeante d’un récital de piano solo. L’événement marque l’une des rares incursions, sur la scène tunisienne, d’un musicien issu du cœur même de l’école viennoise, héritière directe de Mozart, Schubert, Strauss et Chopin.
Né à Vienne, Lehrbaumer est formé dès l’enfance dans le moule de cette tradition. Ancien membre des Mozart-Sängerknaben, il donne ses premiers récitals à l’âge de neuf ans en Autriche, en Allemagne et en Suisse. Cette précocité le propulse rapidement sur les grandes scènes européennes puis internationales, avec des concerts dans la quasi-totalité des capitales musicales, ainsi que dans des salles emblématiques telles que le Musikverein de Vienne, le Carnegie Hall de New York et le Suntory Hall de Tokyo.
Diplômé de la Musikhochschule de Vienne (aujourd’hui Université de musique et des arts du spectacle – MDW), Robert Lehrbaumer mène une carrière multiforme, rare à ce niveau : pianiste soliste, organiste, chef d’orchestre, claveciniste, mais aussi pédagogue et directeur artistique de festivals et d’académies musicales. Il a été invité comme soliste dans des manifestations internationales de premier plan, parmi lesquelles les Wiener Festwochen, les Salzburger Festspiele, les Orgelwochen de Nuremberg, le Schubert-Festival de Washington, le Festival Cervantino au Mexique ou encore le Martha Argerich Festival au Japon.
Il s’est produit avec des formations de référence telles que l’Orchestre Philharmonique de Vienne, l’Orchestre Symphonique de Vienne, le RSO Wien, les Niederösterreichische Tonkünstler et le Mozarteumorchester Salzburg, collaborant avec des artistes de renom, dont Martha Argerich, Walter Berry et Anton Dermota. Son activité discographique et audiovisuelle comprend de nombreux enregistrements pour la radio, la télévision, le cinéma et le disque.
Son répertoire s’étend du baroque à la musique contemporaine, avec un accent particulier sur le classicisme viennois, Schubert, Liszt et des œuvres rarement jouées du romantisme tardif. Parallèlement, Lehrbaumer défend activement la création contemporaine, notamment les œuvres influencées par le jazz, auxquelles plusieurs compositeurs ont dédié des pièces pour piano, orgue ou orchestre. En reconnaissance de l’ensemble de son parcours, le titre honorifique de « professeur » lui a été décerné en décembre 2014 par le Président de la République d’Autriche.
Le programme présenté à Tunis a été conçu comme un Concert du Nouvel An à la viennoise, mais dans un format inhabituel : celui du piano solo. Robert Lehrbaumer, habitué à diriger de grands concerts du Nouvel An avec orchestre à travers le monde, a choisi de transposer cet esprit festif, dansant et brillant vers un récital où le piano est chargé de restituer toute la richesse de l’univers orchestral.
La soirée s’ouvrira avec la Polonaise en la majeur op. 40 n°1 de Frédéric Chopin, suivie de la Valse en mi bémol majeur op. 18, deux œuvres emblématiques de la manière dont le compositeur polonais a intégré la musique de danse au répertoire de concert. À Vienne, rappelle Lehrbaumer, la polonaise de Chopin est traditionnellement jouée à l’ouverture des bals, lorsque les jeunes gens font leur entrée dans la salle, marquant symboliquement le début de la saison mondaine du Nouvel An.
Le Concerto italien de Johann Sebastian Bach apportera ensuite une dimension baroque, marquée par l’influence du style italien, notamment celui d’Antonio Vivaldi. Cette œuvre, construite comme un dialogue entre soliste et orchestre transposé au clavier, reflète un Bach plus lumineux et plus directement inspiré par l’énergie rythmique de ses contemporains.
Avec Franz Schubert, dont seront interprétés un Scherzo en si bémol majeur et l’Impromptu en la bémol majeur op. 90 n°4, le programme reviendra au cœur de la sensibilité viennoise. Schubert est considéré comme le premier compositeur à avoir pleinement intégré la musique de danse dans la musique de concert, notamment à travers ses valses et ses pièces de caractère, dont le Scherzo présenté à Tunis illustre l’esprit.
L’héritage de la dynastie Strauss sera représenté par la Polka « Annen » et la célèbre valse « Frühlingsstimmen » (Voix du printemps) de Johann Strauss fils, symbole du raffinement et de la légèreté des bals viennois.
Le récital se conclura par l’Andante spianato et Grande Polonaise brillante op. 22 de Chopin, œuvre de haute virtuosité, conçue comme un éclat final, renouant avec l’esprit solennel et festif de la polonaise qui ouvrait le programme.