Sécurité hydrique : Le gouvernement investit dans la modernisation et le dessalement

Researcher holds a test tube with water in a hand in blue glove

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La Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (SONEDE) mobilise d’importants financements pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable. Une série de projets structurants visant à moderniser les réseaux et diversifier les sources est ainsi lancée, alors que les ressources hydriques tunisiennes subissent une pression historique.

La SONEDE a engagé un programme national de renouvellement de ses infrastructures pour la période 2026-2030. Ce plan répond à l’état critique du réseau, dont 14 mille kilomètres de conduites ont plus de cinquante ans et plus de la moitié dépasse les trente ans, sur un maillage total de 59 mille kilomètres. Le président-directeur général de la SONEDE, Abdelhamid Manja, a décrit ce chantier comme une nécessité urgente, nécessitant des financements considérables. Les investissements se concentrent sur plusieurs régions. Un projet de 500 millions de dinars est ainsi prévu pour le Grand Tunis, incluant l’installation de 130 mille compteurs intelligents. Un second projet, budgété à 330 millions de dinars, ciblera les gouvernorats de Sfax, Kébili et Tozeur, avec 150 mille compteurs intelligents supplémentaires. Un troisième axe, doté de 230 millions de dinars, concernera sept gouvernorats du Sud. Parallèlement, un plan spécifique de 58 millions de dinars a été élaboré pour garantir l’approvisionnement durant l’été prochain.
Face à l’épuisement des ressources conventionnelles, la Tunisie accélère le développement du dessalement. Abdelhamid Manja a affirmé sur les ondes de Diwan FM que cette solution est devenue incontournable pour équilibrer l’offre et la demande. L’objectif est d’augmenter la part de l’eau dessalée dans l’approvisionnement national, pour la porter à 28 % d’ici 2028 et 35 % d’ici 2030, contre seulement 6 % en 2023. Le pays dispose actuellement de quinze stations de dessalement d’eau souterraine, d’une capacité totale de 110 mille mètres cubes par jour, et de trois stations d’eau de mer produisant 200 mille mètres cubes par jour. Par ailleurs, un projet de transfert d’eau du Nord vers l’intérieur, relancé récemment, illustre cette stratégie de diversification. Ce projet, dont le coût est estimé à plus de 2,5 milliards de dinars, prévoit la construction d’un canal de 400 kilomètres pour alimenter notamment la région de Kairouan. L’universitaire Houcine Rahili a cependant rappelé que ce transfert, une idée ancienne, n’est réalisable que lorsque les barrages du Nord disposent d’un surplus.

Ces investissements interviennent dans une conjoncture tendue. En effet, un rapport international de l’Institute for Economics and Peace classe la Tunisie parmi les pays ayant enregistré la plus forte dégradation de la menace écologique mondiale entre 2019 et 2024, principalement en raison de l’insécurité hydrique. L’indicateur national du risque lié à l’eau a augmenté de près de 70 % durant cette période. La situation des barrages, bien que variable, reste délicate. Alors que les réserves étaient estimées à 844 millions de mètres cubes fin février 2025, soit un taux de remplissage de 35,6 %, elles sont passées à environ 649 millions de mètres cubes mi-octobre, représentant un taux de 27,4 %. Cette baisse s’explique par des prélèvements élevés, ayant atteint 1,450 million de mètres cubes lors d’une seule journée en octobre, et par l’évaporation. Conséquemment, les coupures d’eau non annoncées se sont multipliées, avec plus de 2 100 interruptions recensées en 2024, dont beaucoup ont duré plus de dix heures. Le gouvernorat de la Manouba est particulièrement touché, ayant enregistré la détérioration la plus forte au niveau national.

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