Soudan : MSF dénonce des atrocités massives à El-Fasher

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Près d’une semaine après la chute de la ville d’El-Fasher, dans l’ouest du Soudan, aux mains des Forces de soutien rapide (FSR), la situation humanitaire demeure catastrophique. Médecins Sans Frontières (MSF) a alerté sur le sort de milliers de civils toujours piégés dans la ville et ses alentours, évoquant un « grand nombre de personnes toujours en grave danger de mort ». Cette alerte intervient alors que de nouvelles images satellites, publiées par le Humanitarian Research Lab de l’Université de Yale, montrent des signes troublants de massacres de masse : amas de corps, sols tachés de sang et fosses communes apparentes.
El-Fasher, chef-lieu du Darfour-Nord, était le dernier grand bastion de l’armée soudanaise dans la région avant de tomber, le 26 octobre, après un siège de près de 17 mois imposé par les FSR. Depuis cette prise, des témoignages évoquent des scènes d’une extrême violence : exécutions sommaires, viols collectifs, pillages systématiques et attaques ciblées contre des groupes ethniques non arabes. Selon MSF, les civils sont désormais « traqués, capturés ou tués » lorsqu’ils tentent de fuir la ville.
L’organisation humanitaire rapporte que très peu de personnes parviennent à rejoindre Tawila, localité située à l’ouest, qui sert de zone de repli. Parmi les rares rescapés, de nombreux enfants et adultes souffrent de malnutrition aiguë, après avoir enduré des mois de siège, de famine et de privation de soins. Les FSR auraient érigé des digues et des murs de terre autour d’El-Fasher, coupant les voies d’évacuation et isolant totalement la population.
Les images satellites publiées par Yale et analysées par plusieurs médias internationaux, dont Le Monde et Al Jazeera, montrent également l’ampleur de la dévastation : quartiers incendiés, infrastructures médicales détruites, routes bloquées par des barricades, et vastes zones d’habitations rasées. Selon des estimations préliminaires, plus de 2 000 civils auraient été tués lors de la prise de la ville et dans les jours qui ont suivi.
MSF, qui gère plusieurs centres de soins dans le Darfour, a affirmé que les équipes médicales ne parviennent plus à accéder à la majorité des blessés. Les hôpitaux encore debout sont surpeuplés, manquent de médicaments, d’eau et de nourriture. Les humanitaires redoutent que la situation dégénère en catastrophe de masse, comparable à celles survenues dans d’autres régions du Darfour au début des années 2000.
Face à cette tragédie, MSF a appellé les Forces de soutien rapide à respecter le droit humanitaire et à permettre l’évacuation des civils. L’organisation a exhorté également la communauté internationale à rompre le silence, à user de son influence diplomatique et à ouvrir des couloirs humanitaires. Pour l’instant, les appels se multiplient, mais sur le terrain, la population reste livrée à elle-même.
La chute d’El-Fasher marque un tournant décisif dans la guerre qui ravage le Soudan depuis avril 2023. En s’emparant de cette ville stratégique, les FSR consolident leur contrôle sur la majeure partie du Darfour. Cette victoire militaire s’accompagne cependant d’un désastre humain dont les images venues du ciel ne montrent qu’un aperçu. Pour MSF, il ne s’agit plus seulement d’un conflit : « C’est une extermination lente, silencieuse, sous les yeux du monde entier. »

(D’après agences)

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