L’expert en environnement Hamdi Hached a réagi ce samedi 14 février 2026 aux vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux montrant une partie de la route de la TGM, reliant La Goulette à Tunis Marine, envahie par les eaux de mer.
Les images, filmées le jour même, montrent clairement une élévation du niveau de la mer atteignant la bordure de la chaussée, avec des infiltrations d’eau salée au niveau de plusieurs points bas du dispositif de protection maritime. Un phénomène qui, selon l’expert, n’a rien d’exceptionnel au regard des conditions météorologiques observées ces dernières semaines.
Hamdi Hached explique que cette situation s’inscrit dans la continuité des perturbations méditerranéennes intenses, notamment les dépressions Harry et Kristin, qui ont provoqué une hausse significative de la hauteur des vagues au-delà des normales saisonnières. À cela s’ajoute le phénomène de storm surge, une surélévation temporaire du niveau de la mer causée par la combinaison d’une pression atmosphérique basse et de vents forts de secteur nord à nord-ouest.
Les données relevées dans le golfe de Tunis confirment, selon lui, l’extrême sensibilité de cette zone à la convergence de trois facteurs : une pression inférieure à 1000 hPa, des vents marins pouvant dépasser les 80 à 100 km/h et un niveau de marée élevé. Lorsque ces conditions sont réunies, le niveau marin peut dépasser la moyenne de plusieurs dizaines de centimètres — un écart suffisant pour inonder des tronçons côtiers dont l’altitude ne dépasse pas un mètre au-dessus du niveau de la mer.
L’expert rappelle que la route de La Goulette est historiquement implantée sur un cordon littoral bas et sableux, avec des zones de remblais datant des extensions urbaines du XXᵉ siècle, ce qui la rend particulièrement exposée au phénomène d’overtopping, c’est-à-dire au franchissement des ouvrages de protection par les vagues.
Au-delà de l’épisode ponctuel, Hamdi Hached y voit un signal clair du recul du trait de côte. L’érosion côtière, accentuée ces dernières années, réduit la largeur des plages et affaiblit le rôle protecteur du cordon sableux naturel. À cela s’ajoutent des facteurs humains persistants : urbanisation trop proche du rivage, prélèvement de sable, destruction des dunes, autant de pratiques qui aggravent la fragilité du littoral.
« La situation n’est pas catastrophique, mais elle est révélatrice », estime l’expert. Ce tronçon stratégique reliant la capitale à ses banlieues nord est structurellement vulnérable. Avec l’élévation globale du niveau de la mer — estimée entre 4 et 6 mm par an — ce type de scènes est appelé à se répéter, voire à s’intensifier.
Pour Hamdi Hached, les réponses ne peuvent pas être uniquement techniques ou ponctuelles. Elles doivent intégrer la restauration des écosystèmes côtiers, notamment les dunes et les zones humides, qui jouent un rôle essentiel d’amortisseur naturel face à l’énergie des vagues.
« Ce que montre cette vidéo n’est pas un simple incident », conclut-il. « C’est un aperçu d’une dynamique maritime accélérée dans le golfe de Tunis, où le changement climatique et l’urbanisation côtière se rencontrent sur un point de rupture évident pour les infrastructures. »