La Tunisie passe le flambeau de la Conférence Internationale de Tokyo sur le Développement de l’Afrique (TICAD) au Japon. Après s’être approprié en 2022 le partenariat nippo-africain « sur le chemin partagé de la croissance », Tunis transmet à Yokohama un nouvel engagement pour « la cocréation de solutions innovantes avec l’Afrique » sous l’appui du Japon.
Par Bechir Ben Mohamed
La 9e édition de la TICAD ayant eu lieu du 20 au 22 août courant à la ville de Yokohama au Japon, se veut historique. L’objectif étant de créer des partenariats économiques, sociaux et technologiques mutuellement bénéfiques et servant les priorités de l’Agenda 2063 de l’Union africaine et les Objectifs de développement durable (ODD).
Lancée en 1993 et coorganisée par le Japon, l’Union africaine, l’Organisation des nations unies et la Banque mondiale, la TICAD s’est, au fil du temps, érigée en un forum ouvert et inclusif. Son ambition aujourd’hui est de s’inscrire dans une logique d’aide « avec l’Afrique » et non pas « à l’Afrique ». Une logique qui place les pays africains au cœur de la conception et de la mise en œuvre des politiques de développement.
Dans ce cadre, la TICAD 9 s’est fixé trois objectifs majeurs. Le premier consiste à soutenir la croissance économique par la promotion des investissements japonais en Afrique dans des secteurs tels que l’industrie, les infrastructures, l’énergie, l’agriculture et les technologies numériques. Le deuxième objectif a trait à l’encouragement du développement social moyennant l’investissement dans l’éducation, la santé publique et le développement des ressources humaines et la participation des jeunes dans les initiatives économiques et sociales. Le troisième objectif est en lien avec la paix et la stabilité au travers du renforcement de la gouvernance, la sécurité et la résilience face aux crises multiples que connaît le continent noir.
Réunissant chefs d’Etat et de gouvernement, hauts responsables des organisations internationales, société civile et chefs d’entreprises, la TICAD 9 a focalisé le débat et centré les engagements autour de la jeunesse, la technologie, l’environnement et la bonne gouvernance, retenus comme clés d’un avenir meilleur.
Un cadre qui rime avec l’ambition tunisienne
La coopération japonaise en général et la TICAD en particulier, pourraient servir de jalon pour l’appui au développement de la Tunisie dans un monde plus fragmenté et incertain.
Au plan politique, l’esprit de la TICAD est en ligne avec l’approche de souveraineté soutenue par le pouvoir politique en Tunisie. En effet, la vision japonaise de la coopération au développement en Afrique est fondée sur le respect et le partenariat mutuel, l’innovation et le développement endogène et la sécurité humaine, à même de bâtir un modèle de développement inclusif et durable. Ce qu’ont toujours annoncé les Japonais est qu’ils visent une coopération au développement et non une aide unilatérale, un partage d’expériences et un soutien aux communautés locales. Force est de rappeler que l’aide publique au développement japonaise a longtemps défendu le principe du « développement autochtone », une approche qui consiste à autonomiser les communautés locales. L’on peut ainsi comprendre que la quête tunisienne d’un développement sans « ingérence », d’une intégration économique régionale et continentale et d’un développement fait par et pour les communautés locales, est en cohérence avec le projet de la coopération japonaise.
Au plan diplomatique, l’organisation de la TICAD 8 à Tunis les 27 et 28 août 2022, sous le titre « L’Afrique comme partenaire du Japon sur le chemin partagé de la croissance », n’était pas seulement une réussite, mais aussi et surtout un signe de confiance des autorités japonaises en la Tunisie. Depuis son lancement, la Tunisie a été le deuxième pays africain après le Kenya en 2016, à avoir accueilli la TICAD. Cette dernière a constitué un tournant diplomatique majeur dans les relations tuniso-japonaises. En atteste l’appui singulier des autorités japonaises à la récente journée tunisienne à l’exposition universelle « Osaka Expo 2025 ». « Une exposition organisée au pavillon tunisien a permis à un large public de découvrir la richesse du patrimoine culturel tunisien », selon un communiqué du ministère de l’Economie et de la Planification.
Au plan économique, et dans la lignée de la TICAD 8, nombre de projets appuyés par la JICA, l’Agence japonaise pour la coopération au développement, ont été d’ores et déjà réalisés ou en cours de réalisation. Juste un an après la TICAD, on cite l’achèvement en janvier 2023 de l’autoroute du Sud, faisant partie du corridor économique africain, ainsi que le projet de contrôle des inondations de Tunis en décembre 2022. Outre des projets actuellement en cours dans les secteurs des eaux, de l’industrie, des ponts, de l’électricité et des transports.
Cet élan de coopération japonaise constitue une réelle opportunité à saisir pour compléter l’effort d’investissement national.
Tout d’abord, c’est le cadre approprié pour demander une conversion de la dette extérieure en investissements, un sujet d’une extrême importance ayant été récemment soulevé par le gouvernement « dans le dessein de mettre en œuvre des projets d’adaptation aux défis climatiques, ce qui permettra de contribuer à l’amélioration des indicateurs économiques, sociaux et environnementaux », selon le communiqué de la présidence du gouvernement.
Ensuite, il faut bénéficier de la nouvelle stratégie de la JICA pour l’Afrique ; la JICA dévoilera l’initiative IDEA « Impact Investing for Development of Emerging Africa », conçue pour mobiliser des capitaux privés en faveur du développement socio-économique et de l’action climatique.
Enfin, la coopération bilatérale et triangulaire serait à même de faire bénéficier à la Tunisie de considérables avantages, notamment en matière d’attractivité de nouveaux investissements directs étrangers dans des projets porteurs et de grande envergure, surtout le transfert technologique accélérant la transition digitale, la promotion de l’innovation, la modernisation des infrastructures et la facilitation de l’accès aux marchés mondiaux, en premier les marchés asiatiques. Des partenariats pourraient être noués entre des entreprises et startups tunisiennes et des firmes japonaises, permettant de bénéficier de leur expertise et facilitant leurs réseaux.
Une coopération renforcée entre le Japon, l’Afrique et la Tunisie dans des domaines stratégiques, devrait faire partie des conditions de développement national selon les principes nationaux. Seulement, il faut bâtir sur les acquis, oser s’ouvrir davantage et chercher de nouveaux horizons, même lointains.