Tourath

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Le 19 octobre, un cambriolage au Musée du Louvre conduit les audacieux receleurs à la galerie Appolon et au fabuleux trésor de Napoléon. La valeur fiduciaire, mesurable, équivaut à 88 millions d’euros et la teneur patrimoniale, incommensurable, atteint une grandeur phénoménale… Le 25 octobre, deux suspects algériens sont arrêtés mais le butin n’est pas retrouvé. Cependant, l’itinéraire historique débusque le tragique sous le couvert du féérique. En mal d’originalité, les médias français ânonnent, sans vergogne, la ritournelle officielle. Or, aujourd’hui encore, l’obélisque trône à la Place de la Concorde et embellit Paris. Elle fut offerte à la France en hommage à l’égyptologue Jean-François Champollion, le déchiffreur des hiéroglyphes.
Toutefois, et par-delà ces aléas bourrés de négativité, que fait ici, en territoire parisien, ce beau morceau du patrimoine égyptien ? Par l’entremise de l’obélisque expatriée, la Place de la Concorde maquille la face de la discorde. Le casse perpétré au Louvre soulève l’interrogation apte à suggérer une ample exploration.
L’investigation a trait au colonialisme crétin et violeur de pays souverains. Poursuivons le chemin passionnant. Jean Cusenier menait une étude, à Lansarine, sur la comparaison des structures de parenté maghrébines et ottomanes.
Ce professeur de philosophie à l’Institut des hautes études, alors dirigé par Pierre Martelot, ne parlait pas l’arabe et je l’aidais à poser les questions tout en recueillant les réponses.
L’un des agriculteurs français interrogés nous confie ceci : « En creusant un puits, j’ai découvert un horizon d’antiques poteries mogods et je suis en train de rédiger une lettre au ministère de la Culture pour l’en informer. Cusenier, bouche bée, lève les bras et s’écrie : n’en faites rien, attendez ! »
Sur-le-champ, il téléphone à Hélène Balfet, la spécialiste mondiale de la poterie ancestrale. Elle vient et embarque le trésor mogod. Plus tard, lorsque je préparais le diplôme d’ethnologie au Musée de l’homme sous la direction du préhistorien André Leroi Gourhan, je découvris, là, ces poteries mogods venues de Lansarine, région de Tunisie. Que fabrique ce patrimoine tunisien dans ce musée parisien ? Une catégorie de pensée inféode les pays dominés au profit de Rome, Londres, Berlin ou Paris. Ainsi, Paul Sebag achète à Belhassen Farah, le concierge de l’Institut des hautes études, où j’étais, un manuscrit hors de prix, à cinq dinars. L’arrière-grand-père de Farah le lui avait confié. Il contenait un recueil de poèmes andalous rédigé au moyen d’un morceau de roseau taillé sous forme de plume.
L’encre utilisée combinait les couleurs bleue et orangée.
Maintenant et dorénavant, que fait chez le Parisien ce magnifique joyau historique du patrimoine tunisien ? Et quand, avec Abdelaziz Driss, le directeur des musées nationaux, j’allais, en Irak, à Qasr Al Adham, Salim Adel Abedlhaq, le directeur des musées nationaux irakiens, nous les fait visiter. Une statue d’ébène, monumentale, attire les regards. « C’est une reproduction », nous dit-il, « l’original a été emmené à Londres ». Que fait le riche patrimoine irakien dans un musée londonien ?
La couronne britannique fut la plus grande organisatrice de son vaste empire colonial à l’échelle mondiale.
Pour cette raison, mémorable, ce British Museum regorge d’éléments patrimoniaux à restituer aux sociétés arnaquées durant la colonisation. L’occulter, c’est désapprendre l’Histoire et cautionner l’iniquité. Dans le « Ménon », Platon écrivait au Ve siècle avant J.C. : « Apprendre, c’est se ressouvenir de ce qu’on a oublié ». Entre autres déterminations incontournables, c’est pourquoi un monde multipolaire guette, à juste titre, l’univers unipolaire et cherche à lui ravir le surplomb des affaires planétaires.
Au cas, très souhaitable, où les Brics parviendraient à imposer leur projet, au plus haut point remarquable, ils installeraient Trump et Netanyahu, ces diables abominables, sur des sièges éjectables.

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