Un rapport de l’organisation Sentry documente un système de détournement de carburant ayant privé la Libye de près de 20 milliards de dollars sur trois ans. Ce trafic impliquerait des responsables politiques et sécuritaires libyens, décrits comme les « principaux instigateurs » du réseau. Le mécanisme reposait sur la revente à l’étranger de carburant subventionné initialement destiné au marché intérieur.
Le système utilisait les importations légales de carburant de la Compagnie nationale de pétrole (NOC) comme couverture. Les volumes importés sont passés d’environ 20,4 millions de litres par jour début 2021 à plus de 41 millions de litres fin 2024. Cette augmentation ne correspond à aucune évolution économique ou démographique justifiable. Selon le rapport, plus de la moitié de ces carburants était réexportée illégalement. Les pertes s’élèvent à 6,7 milliards de dollars pour la seule année 2024, soit un montant qui aurait pu tripler les budgets combinés de la santé et de l’éducation libyennes.
Le trafic atteint plusieurs pays voisins de la Libye, dont la Tunisie, ainsi que le Soudan, le Tchad et le Niger. Les destinations incluent également des pays méditerranéens comme l’Albanie, Malte, l’Italie et la Turquie. Les méthodes d’exportation illégale varient selon les zones, utilisant des navires, camions-citernes ou pipelines clandestins. Cette organisation s’appuie sur le contrôle territorial de groupes armés et sur des complicités locales.
La période critique coïncide avec la présidence de Farhat Bengdara à la NOC entre juillet 2022 et janvier 2025. Le rapport constate que les détournements ont atteint des niveaux importants durant son mandat. L’ancien président défend son action en citant l’abandon du système d’échange de carburant en mars 2025 et des propositions de réforme. Cependant, la Libye continue d’importer des volumes supérieurs à ses besoins et la qualité du carburant a baissé de 8% sur neuf mois en 2025. Sentry recommande une enquête internationale et des sanctions ciblées pour affaiblir ces réseaux criminels qui menacent la stabilité régionale.