L’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA) vient d’organiser la 3e édition du Salon international de la transition énergétique placée sous le thème « Vers un développement durable ». L’objectif est de contribuer à l’accélération de la dynamique de transition et de promouvoir l’investissement dans les énergies renouvelables selon une approche multi-acteurs.
Par Bechir Ben Mohamed
Au sein de la Maison des entreprises, des centaines de représentants d’organismes publics, privés, locaux et étrangers, aux côtés d’experts, de chercheurs et d’établissements financiers, se sont réunies pour discuter des principaux enjeux de la transition. Il était essentiellement question de la mise en œuvre et des perspectives de développement des grands projets nationaux en énergies renouvelables, du rôle des véhicules électriques dans la transition énergétique, de la préparation des entreprises à l’application de la taxe carbone à partir de l’année prochaine et de l’appui du secteur financier.
Des engagements et des solutions
Le Salon de l’UTICA a vu la réaffirmation de l’objectif national consistant à porter la part des énergies renouvelables à 35 % du mix énergétique à l’horizon 2030. Les piliers de la transition énergétique reposent sur la maîtrise de l’énergie, le développement des énergies renouvelables et la réduction des émissions de gaz à effet de serre afin d’abaisser l’empreinte carbone. La stratégie nationale consiste à installer « une puissance composée de 25 % d’éolien et 75 % de solaire photovoltaïque », en cohérence avec les engagements climatiques du pays.
Pour ce faire, l’attention a été portée sur le rôle des entreprises nationales dans la transition énergétique et sur l’importance de l’innovation solaire en termes de solutions technologiques avancées, telles que les panneaux solaires et les onduleurs Solis, conçus pour garantir une efficacité maximale.
Dans ce cadre, le processus de transition sera dicté, dans les années à venir, par trois mécanismes.
PremiËrement, la préparation d’une série de nouveaux mégaprojets. Il s’agit précisément d’installer 300 MW de photovoltaïque, auxquels s’ajoutent 100 MW supplémentaires en éolien et 500 MW en projets IPP en phase de développement.
DeuxiËmement, la modernisation du réseau électrique grâce à la mise en place d’un système de monitoring pour la supervision en temps réel (I), au développement de solutions mixtes associant turbines à gaz, stations de pompage-turbinage et stockage BESS (II), ainsi qu’à la réalisation du projet d’interconnexion Tunisie–Italie ELMED (III).
TroisiËmement, le développement des réseaux électriques intelligents « Smart Grid » et des interconnexions, dont l’objectif est d’équilibrer l’offre et la demande, d’intégrer la production décentralisée et d’optimiser les performances du réseau. Ce type de solutions consiste notamment à augmenter le nombre de compteurs intelligents sur le réseau moyenne et basse tension.
Le secteur privé a démontré un fort engagement en faveur de la transition énergétique. De nombreuses sessions de formation ont été organisées lors du Salon afin de renforcer les capacités et compétences des acteurs du secteur. Par ailleurs, des rencontres B to B ont également eu lieu pour consolider les relations de partenariat et d’investissement entre les entreprises et les institutions financières. Et c’est bien là que le bât blesse !
De la nécessité d’accélérer le galop
En dépit des efforts déployés, le rythme de la transition énergétique demeure relativement en deçà des attentes et des objectifs fixés. En ce sens, la part des énergies renouvelables ne dépasse pas 5% du mix énergétique, alors que d’autres pays, comme le Maroc, affichent déjà des taux supérieurs à 30 %.
Aujourd’hui, le pays doit intensifier le rythme de transformation énergétique, car la dépendance énergétique est devenue intenable si l’on considère l’ampleur du déficit énergétique dans les paiements extérieurs. La concrétisation des ambitions nationales appelle à la levée des contraintes structurelles entravant la transformation énergétique.
Premièrement, au plan institutionnel, la mise en place d’un cadre de dialogue multipartite est nécessaire pour s’accorder sur les voies d’une transition juste permettant d’assurer une énergie propre, accessible, sécurisée et compétitive. Ce dialogue doit réunir les acteurs publics et privés, sociaux et scientifiques. Il favorise une meilleure coordination, une adaptation permanente aux évolutions structurelles et conjoncturelles, ainsi que la culture énergétique et l’adhésion citoyenne aux changements en cours.
Deuxièmement, au plan financier, il faut résoudre la contrainte du financement en développant les dispositifs incitatifs à l’investissement vert : fonds de transition énergétique, allègement des lourdeurs fiscales — dont les droits de douane sur l’importation des panneaux solaires — et promotion des mécanismes de financement climatique. Le fossé entre les ressources mobilisées et les besoins croissants d’un modèle bas carbone doit être comblé. Le secteur bancaire comme le marché financier ont un rôle crucial à jouer dans la transition énergétique. Une nouvelle architecture de l’offre bancaire, adaptée à la complexité et à la diversité des projets verts, s’impose.
Troisièmement, au plan réglementaire, le déploiement des énergies renouvelables appelle la modernisation du cadre juridique, encore insuffisamment adapté aux besoins du secteur, notamment en ce qui concerne le cadre opérationnel devant encadrer solidement les partenariats public-privé, ainsi que l’intégration des petites entreprises au réseau national afin de diversifier l’offre et favoriser l’émergence d’un tissu énergétique décentralisé.
Quatrièmement, au plan stratégique, il faut investir dans la rénovation énergétique des bâtiments publics. Les autorités publiques, aux échelons central et régional, doivent donner l’exemple en matière de maîtrise de l’énergie. Pour cela, il convient d’augmenter les aides afin d’alléger le coût des travaux, mais aussi de contraindre les administrations à procéder à la rénovation énergétique.
Cinquièmement, au plan technique, il importe de promouvoir l’innovation en matière de stockage énergétique, incluant les batteries de nouvelle génération, les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP), les procédés fondés sur l’hydrogène vert, etc.
La réaffirmation du rôle de la Tunisie en matière d’énergies renouvelables et la réalisation d’une transition énergétique ambitieuse et réaliste appellent à une politique énergique.
In fine, tout est question de volonté et d’ambition politique.