Le 22 juillet 2025 à Tunis, le Tunisia Global Forum a réuni, pour sa nouvelle édition, des centaines de talents tunisiens venus des quatre coins du monde, aux côtés d’acteurs économiques, institutionnels et associatifs du pays. Porté par l’ATUGE, cet événement s’est imposé comme une plateforme stratégique de réflexion et de collaboration, visant à renforcer les liens entre la diaspora tunisienne et les dynamiques locales. Dans une atmosphère constructive et tournée vers l’avenir, le forum a mis en lumière les expertises multiples des Tunisiens du monde et leur volonté de contribuer activement au développement de leur pays d’origine. Entre panels, rencontres et initiatives concrètes, il s’est dessiné les contours d’une Tunisie plus ouverte, connectée et ambitieuse.
La diaspora tunisienne : une force présente, un levier à activer
Chaque été, des milliers de Tunisiens établis à l’étranger reviennent au pays, non seulement pour renouer avec leurs racines, mais aussi pour mesurer à quel point leur lien avec la Tunisie reste vivant et parfois complexe. C’est sur cette dynamique émotionnelle et stratégique que l’ATUGE a choisi de bâtir le Diaspora Month (15 juillet – 15 août), initiative fédératrice dont le Tunisia Global Forum constitue le point dominant.
Dans un éditorial fort, Amine Aloulou, président de l’ATUGE Tunisie, rappelle que « chaque Tunisien dans le monde porte en lui une part de réponse aux défis de notre pays ». Cette déclaration pose les bases d’un message sans ambiguïté, la diaspora n’est plus un public extérieur à convaincre, mais un acteur à intégrer dans les mécanismes de développement économique, social et territorial de la Tunisie.
Dès l’ouverture du TGF 2025, les premiers panels ont donné le ton. Un sondage présenté a révélé les principales motivations des Tunisiens à quitter leur pays : raisons professionnelles (81 %), familiales (18 %), éducatives (15 %), économiques (12 %), liées au style de vie (9 %), aux conditions sociales/politiques (2 %), ou encore à la santé (2 %).
Plus inquiétant encore : 59 % des personnes interrogées déclarent ne pas envisager de retour, tandis que seulement 20 % y sont favorables. Des chiffres qui traduisent un mal-être profond, et un déficit de projection positive.
Pour Nabil Belaam, DG d’Emrhod, « chaque résultat est un diagnostic et un plan d’action ». Il appelle à créer un environnement de confiance, basé sur la transparence, la visibilité et la stabilité. Cette réflexion alimente les échanges sur les freins au retour et à l’investissement, mais aussi sur les pistes concrètes pour rétablir le lien de confiance.
Entreprendre en Tunisie : défis persistants, opportunités émergentes
L’entrepreneuriat, pierre angulaire du forum, a suscité des débats nourris. Slim Gharbi, CEO de SG Medical, aujourd’hui installé en Suisse, a livré un témoignage sans fard : « Entreprendre n’est pas plus facile en Tunisie qu’ailleurs. » Si l’esprit entrepreneurial est bien présent, il se heurte encore à des obstacles structurels, administratifs et culturels qui freinent l’éclosion de projets pérennes.
Mais le TGF ne s’est pas contenté d’un diagnostic. Des initiatives comme le programme ELIFE, par Omar Triki, visent à renverser cette tendance. Ce projet ambitieux prévoit la création de 10 centres technologiques dans les régions les plus défavorisées (Siliana, Béja, Gafsa, Kairouan…), ciblant les jeunes de 19 à 29 ans.
Objectif ? Former, connecter et autonomiser une jeunesse souvent oubliée, pour faire émerger une nouvelle génération de leaders locaux.
Régions, diaspora et innovation : vers un modèle décentralisé de développement
La problématique de l’inégalité régionale a également été mise au centre des débats. Mustapha Mezghani, DG du Technopôle de Sfax, a rappelé que la région concentre 6 % des startups labellisées, faisant d’elle le deuxième pôle numérique du pays après Tunis. Mais l’ouest du pays, lui, ne dépasse pas les 5 %, révélant une fracture géographique persistante.
Pour répondre à cet enjeu, l’ATUGE déploie le Diaspora Regional Networking (DRN), une tournée nationale qui sillonne les régions à la rencontre des écosystèmes locaux. En mobilisant experts, mentors, investisseurs et institutions issus de la diaspora, le DRN vise à créer des ponts concrets entre les territoires et le monde. Le forum a ainsi rappelé une conviction forte : l’innovation ne connaît pas de frontières et chaque région doit devenir un levier de transformation.
De l’exposition à l’inspiration : des formats multiples et interactifs
Au-delà des panels, le TGF 2025 s’est distingué par une programmation dense et multisectorielle, combinant conférences, talks, expositions et rencontres informelles. Les Innovation Talks ont exploré l’avenir des industries mécatroniques, de l’aéronautique ou de l’intelligence artificielle. Les Impact Talks ont permis aux acteurs de terrain de partager des expériences concrètes, tandis que les Panel Talks ont croisé regards institutionnels et entrepreneuriaux.
L’éducation, elle aussi, a eu une place de choix. Un panel de haut niveau a rassemblé des figures tunisiennes de l’excellence académique internationale, à l’image de Marouane Kessentini, Dean, College of Computing Grand Valley State University ou Jamel Gafsi, WWW General Manager, Microsoft Innovation Centers. Ensemble, ils ont souligné le rôle clé de la diaspora universitaire dans la revalorisation du système éducatif tunisien.
Le forum s’est conclu par une keynote attendue de Karim Beguir, CEO d’Instadeep, figure de proue de la tech tunisienne à l’échelle internationale. Son intervention a incarné ce que beaucoup appellent de leurs vœux : une Tunisie confiante, compétente et compétitive, qui n’a plus peur de s’ouvrir au monde pour mieux se redéfinir.
la Tunisie, au carrefour des mondes et des possibles
Le Tunisia Global Forum 2025 a été bien plus qu’un événement. Il a été un manifeste vivant d’une Tunisie plurielle, portée par ses talents, ses contradictions et sa volonté de changement. La diaspora, longtemps perçue comme une force éloignée, apparaît désormais comme une ressource immédiate, à la fois affective, stratégique et économique.
Le TGF 2025 a mis en lumière une évidence souvent oubliée : la diaspora tunisienne n’est pas une fuite, mais un flux.
Un flux de savoirs, de réseaux, de capitaux et de visions. Encore faut-il que le pays sache écouter, intégrer et coconstruire. C’est tout l’enjeu du travail entamé par l’ATUGE et ses partenaires. Et c’est, peut-être, le début d’une nouvelle ère : celle d’une Tunisie diasporique, solidaire, et globalement résiliente.











