Le marché tunisien de l’or vient de franchir un seuil symbolique qui interpelle autant les professionnels que les ménages. Le gramme d’or 18 carats s’échange désormais jusqu’à 600 dinars, une hausse directement imputable à la dépréciation continue du dinar tunisien face aux devises étrangères. Cette information a été communiquée ce lundi 22 juin 2026 par Hatem Ben Youssef, président de la Chambre nationale des commerçants de bijouterie, sur les ondes de la radio Express Fm. Selon ses explications, le prix oscille actuellement entre 450 et 600 dinars le gramme, cette fourchette reflétant les différences de coûts de fabrication et des frais de production supportés par chaque bijoutier.
La mécanique derrière cette flambée est relativement simple à comprendre pour le consommateur lambda. L’or étant coté en dollars sur les marchés internationaux, toute baisse de la valeur du dinar par rapport au billet vert se traduit automatiquement par une hausse des prix locaux. Par ailleurs, les dernières semaines ont été marquées par un renforcement du dollar américain, ce qui a accentué la pression sur la monnaie nationale. D’autre part, les cours mondiaux du métal jaune ont pourtant connu un recul de plus de 44 dollars sur les marchés à terme, poursuivant une tendance baissière entamée la semaine précédente. Par conséquent, ce repli international ne profite aucunement au consommateur tunisien, car l’effet de change annihile complètement les baisses observées à l’échelle planétaire. En sus, un léger rebond de l’or au comptant a été enregistré après un plus bas d’une semaine, ce qui n’arrange pas la situation locale.
Les conséquences de cette cherté sont particulièrement lourdes pour le pouvoir d’achat des Tunisiens, déjà mis à rude épreuve par une inflation persistante. Les bijoux, qui accompagnaient traditionnellement les grandes occasions familiales comme les mariages ou les baptêmes, se transforment en articles de luxe hors de portée pour une large frange de la population. À cela s’ajoute le fait que la pièce de bijouterie la plus légère actuellement proposée sur le marché pèse environ 12 grammes, ce qui porte son prix à près de 6 000 dinars. En ce qui concerne les parures de mariage, ces ensembles complets qui constituent un élément central des traditions tunisiennes, leur coût peut atteindre jusqu’à 8 000 dinars.
Les professionnels du secteur observent cette évolution avec une inquiétude palpable. Si la hausse des prix peut sembler bénéfique pour les détenteurs d’or, elle risque à terme d’asphyxier la demande et de pénaliser toute la filière. En effet, lorsque les prix grimpent de manière aussi soutenue, les clients potentiels se font plus rares, les mariages se font sans parure ou avec des bijoux de moindre valeur, ce qui réduit mécaniquement le chiffre d’affaires des bijoutiers. Qui plus est, cette situation pousse certains consommateurs à se tourner vers le marché parallèle ou à différer leurs achats dans l’espoir d’une accalmie, ce qui fragilise davantage le commerce structuré.
Interrogé sur l’évolution future des prix, Hatem Ben Youssef a nuancé les espoirs d’une baisse significative. Il estime qu’un léger recul pourrait être observé dans les semaines à venir, mais que cette diminution resterait très limitée. La raison tient aux facteurs économiques structurels qui influencent durablement le marché du métal jaune en Tunisie. La dépréciation du dinar n’est pas un phénomène conjoncturel mais un mouvement de fond, alimenté par les déséquilibres macroéconomiques chroniques que connaît le pays depuis plusieurs années. Par conséquent, tant que la monnaie nationale ne retrouvera pas une certaine stabilité, les prix de l’or continueront à flotter à des niveaux élevés.
Le marché mondial offre par ailleurs des signaux contrastés. Les cours du pétrole ont récemment reculé, dans un contexte marqué par des annonces concernant des progrès dans les discussions entre l’Iran et les États-Unis. En sus de ces évolutions géopolitiques, les mouvements du dollar restent l’indicateur clé à surveiller pour les acheteurs tunisiens. Chaque nouvelle hausse du billet vert face au dinar se répercute directement sur les étiquettes des bijouteries, dans un mécanisme désormais bien rodé. Le gramme d’or à 600 dinars n’est ainsi que le reflet d’une réalité économique plus large, où la perte de valeur de la monnaie nationale se manifeste quotidiennement dans les prix des produits importés ou indexés sur les devises étrangères. Pour le consommateur tunisien, l’or devient dès lors un miroir particulièrement révélateur des difficultés économiques du pays, un indicateur qui, contrairement aux statistiques officielles, se lit directement dans les vitrines des commerces.